La France est-elle le dernier pays en Europe pour l’allaitement maternel

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Edwige Antier affirme que la France est le dernier pays en Europe pour l’allaitement maternel.

Le Vrai Faux avec le lait contaminé qui inquiète les parents.

La contamination récente à la salmonelle de 12 lots de laits pour bébés soulève des questions. Comment s'en prémunir ? Faut-il stériliser les biberons ? Sans doute, pour la pédiatre Edwige Antier, qui privilégie aussi une autre solution.

Edwige Antier : "Le plus bio du bio, c’est votre lait. Et pourquoi la France est le dernier pays d’Europe pour l’allaitement maternel ? Parce qu’on n’est pas assez formés pour aider les mamans".

La France est le dernier pays en Europe pour l’allaitement maternel. Vrai ou faux ?

C’est faux. Même si la France n’est pas très bien placée : d’autres pays ont des taux plus faibles d'allaitement. l’Irlande est en bas du classement avec la Grèce, Chypre et Malte qui ont les taux d'allaitement les plus faibles au monde.

En France, selon la dernière enquête périnatale publiée il y a quelques jours, 66% des mères ont allaité l'an dernier tout de suite après l’accouchement. On a peu d’études pour savoir précisément ce qui se passe ensuite. La plus récente, l’enquête épiphane qui a suivi 2.800 bébés 2012, montre que trois mois après leur naissance 39% étaient encore allaités, à six mois le taux tombe à 25%.

Donc un sur quatre c'est faible et c'est ce qui alarme l'Organisation Mondiale de la Santé qui recommande jusqu'à six mois un allaitement au sein exclusif, parce que les anticorps protègent les enfants d'infections ORL et intestinales, pour pas un sou. Ils résistent mieux aux allergènes. Selon la revue The lancet qui a compilé la littérature scientifique, 800.000 morts prématurées de bébés dans le monde pourraient être évitées si l’allaitement était général, surtout dans les pays les plus pauvres.

C’est moins vrai en France ?

Oui, parce qu'on n'a pas de problèmes sanitaires. L'allaitement a un rôle préventif. Moins d’otites, moins d’asthme, ça évite des hospitalisations. Mais ces effets sont plutôt observés sur des périodes longues d’allaitement, de quatre à six mois. Les autres études qui affirment que ça rendrait plus intelligent et favoriserait le langage ou le développement, sont quand même scientifiquement fragiles. On ne sait pas si ces effets sont dû à l'allaitement lui-même ou à la relation particulière qu'il implique avec la mère, qui serait plus investie.

C'est pour cela, sans doute, que l'allaitement ne progresse pas en France. La formation, que critique madame Antier, n’est pas optimale. Un tiers des maternités n’ont toujours pas de référent pour l'allaitement et la société n'encourage rien puisque la durée du congé maternité ne permet pas d'allaiter pendant la durée optimale de quatre à six mois. Il faut reprendre le travail au bout de deux mois et demi. Et les enquêtes le montrent, les femmes qui allaitent plus longtemps en France, ce sont les étrangères (qui ont une habitude culturelle de l’allaitement), les cadres, les diplômées ou les inactives. Bref, celles qui ont les moyens d'avoir un congé plus long.

Les pays au plus fort taux d’allaitement ont aussi d’ailleurs des congés avantageux. 70% des mères norvégiennes allaitent encore à six mois mais elles ont un congé de 49 semaines à taux plein, contre 16 en France. Alors oui, le facteur culturel joue à plein et il est même essentiel, mais il y a peu de chances qu’il évolue si le monde du travail ne s’adapte pas.