Bétonne-t-on l’équivalent d’un département tous les trois ans ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Ségolène Royal affirme que l'on bétonne l’équivalent d’un département tous les trois ans.

Le Vrai-Faux de l’Info avec les bétonneurs que veut taxer Nicolas Hulot.

On le découvrait dans le Parisien hier matin, le ministre de l’Écologie envisage de taxer les bétonneurs, responsables selon lui, d’une artificialisation des sols inquiétante. L’ancienne ministre, Ségolène Royal pense qu’il faut même aller plus loin, en débétonnant le territoire.

Ségolène Royal : "Vous savez qu’on bétonne en France. On artificialise les sols, l’équivalent d’un département tous les trois ans. C’est considérable !"

On bétonne l’équivalent d’un département tous les trois ans. Vrai ou faux ?

C’est faux. L’artificialisation des terres progresse, c’est un fait, mais pas dans ces proportions. En moyenne depuis 10 ans, 55.000 hectares ont été rongés chaque année sur les espaces naturels ou agricoles. Cela représente un département tous les onze ans. Au total, 9,4% de notre territoire aujourd’hui, est artificialisé, c’est-à-dire qu’il n’est plus ni de la terre agricole, ni de la nature sauvage.

Mais ces deux éléments représentent encore, c’est heureux, l’essentiel du territoire. Les espaces naturels d’ailleurs comme les bois, les friches ou les garrigues, progressent eux aussi légèrement, de 10.000 hectares par an. C’est le signe que l’agriculture n’est pas victime, uniquement, de l’expansion humaine.

Un département tous les onze ans, ça reste impressionnant. Est-ce que taxer les bétonneurs peut freiner ça ?

Probablement pas, car qu’il faut comprendre de quoi on parle. Un sol artificialisé ce n’est pas forcément bétonné, il peut être simplement aménagé. On désigne par là toutes les surfaces qui ne sont plus agricoles ou sauvages. Il y a donc les zones industrielles, les villes, les parkings ou les routes mais aussi, les chemins de terre, les jardins et les parcs. Quand on regarde le détail de ce que sont devenues les surfaces naturelles perdues depuis 10 ans, c’est éclairant. Les zones commerciales ou industrielles n’ont représenté que 12% des terres artificialisées. On peut les taxer ou limiter les projets, mais il faudrait alors également taxer les gens car 46%  des terres  prises à l’agriculture ont été avalés par des maisons. 16% également par les routes, pour relier ces maisons aux villes. On veut donc son pavillon et son jardin, c’est lié à l’évolution des modes de vie, à la progression de la population. Mais c’est paradoxal, puisque d’un côté les gens se disent favorables à un moratoire sur l’artificialisation des sols, selon un sondage Ifop. Mais de l’autre, ils refusent d’habiter dans des logements collectifs, responsables pourtant de 3% seulement de l’artificialisation. C’est logique, on impacte moins l’environnement quand on s’empile. Nous avons demandé au ministre si sa taxe bétonneurs pourrait concerner tous les types de construction, nous n’avons pas obtenu de réponse claire. "Ce n’était qu’une piste de réflexion, cette taxe. Nous n’avons rien de plus à en dire".