Trois semaines sans publicité : le CSA sanctionne TPMP et C8

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Suite à deux séquences polémiques diffusées dans Touche pas à mon poste, le CSA à condamné C8 et Cyril Hanouna à suspendre toutes les pages publicitaires durant trois semaines.

Cette décision du CSA de frapper C8 au portefeuille intervient après deux séquences polémiques de Touche pas à mon poste. Une décision extrêmement rare !

Le CSA a rendu hier son verdict dans deux affaires concernant Cyril Hanouna. Et il a frappé fort, très fort même. Il a suspendu pour une durée de trois semaines toutes les pages publicitaires diffusées dans le contexte de Touche pas à mon poste, c’est-à-dire au milieu de l’émission, mais aussi un quart d’heure avant et un quart d’heure après. Cette sanction, elle prendra effet dès lundi prochain. On notera qu’elle s’applique à la fois pour les émissions en direct, mais aussi pour les rediffusions.

Dans le détail, il y a deux sanctions distinctes, pour deux séquences qui ont défrayé la chronique ces derniers mois. La première concerne l’émission La grande rassrah, avec une caméra cachée dans laquelle Mathieu Delormeau était victime d’un canular, où il devait porter le chapeau d’un meurtre simulé. C’était le 3 novembre dernier. Pour le CSA, le chroniqueur était placé dans une situation de vulnérabilité et d’humiliation. Il l’analysait comme un manquement au respect de la dignité de la personne humaine. Il a sanctionné d’une semaine de suspension publicitaire.

La seconde séquence relevait d’une atteinte au respect des droits des femmes. Il concerne une scène où Cyril Hanouna avait pris la main de sa chroniqueuse Capucine Anav, pour toucher son entrejambe, à son insu. Le CSA y voyait une perte de maîtrise de l’antenne. La sanction : deux semaines de suspension de publicité.

Pour évaluer le manque à gagner que cela représente pour C8, on peut s'appuyer sur des estimations qui circulaient ces dernières semaines, lorsque les annonceurs quittaient un à un les grilles de la chaîne après le canular jugé homophobe. On évoquait alors des pertes comprises entre 135 et 250.000 euros par jour. Cette sanction sur trois semaines pourrait donc aboutir à un manque à gagner compris entre deux et trois millions 750.000 euros.

Le CSA est allé au-delà des propositions formulées par le rapporteur indépendant.

Les conseillers sont allés bien plus loin que les préconisations de Régis Fraisse, membre du Conseil d'État, qui était chargé d’instruire les procédures de sanction. Dans son rapport, il indiquait des sanctions beaucoup plus légères. Pour la première affaire, celle qui concerne Mathieu Delormeau, il estimait qu'il ne s’agissait pas d’une image susceptible d’humilier une personne. Pour lui, il n'y avait donc pas de raison de sanctionner C8. Pour la seconde, celle du geste déplacé à l'égard de la chroniqueuse Capucine Anav, il proposait une simple amende de 50.000 euros.

Mais ces propositions du rapporteur, on peut les assimiler à une forme de réquisitoire. Ça signifie que le CSA pouvait choisir de le suivre, mais aussi d’aller moins loin, ou plus loin.

Il est souverain dans sa décision et il a donc décidé d’aller beaucoup plus loin en attaquant le nerf de la guerre, les recettes publicitaires. Une manière de manifester son agacement face au sentiment d'impunité, aux provocations à répétition de Touche pas à mon poste. Une manière aussi de taper un grand coup sur la table. Et de montrer qu’il est bel et bien en mesure de passer à l’action, avec fermeté.

Et s’il a pris le temps pour le faire, c’est seulement pour se conformer au cadre légal. Avant de sanctionner, le CSA doit attendre l’instruction du rapporteur indépendant. C’est une garantie pour éviter qu’il ne soit à la fois juge et partie. Et c’est ce qui explique la lenteur de ses décisions.

C8 peut-elle faire appel de ces sanctions ?

Théoriquement, elle peut le faire. La chaîne a la possibilité de déposer un recours devant le Conseil d'État. Si on en croit les éléments contradictoires portés dans l'instruction par l'avocat de C8, Maître Glaser, elle a les arguments. D'abord, sur la forme : dans le cas de la caméra cachée avec Mathieu Delormeau, la chaîne considère non seulement l’atteinte à la dignité humaine n’est pas avérée, mais qu’elle porte surtout sur un collaborateur de C8, et pas sur le public de l’émission. Ce qu’il faut comprendre, c’est que C8 estime que la mission du CSA est de protéger les téléspectateurs, pas les chroniqueurs. Et donc qu’il outrepasse ses droits.

Pour le geste déplacé sur la chroniqueuse Capucine Anav, l’avocat de C8 y voit "un jeu potache", "dans une émission au contenu délibérément outrancier" qui ne constitue pas une atteinte à l’image de la femme.

Reste à savoir si cela sera suffisant pour faire appel de cette décision. Il faut s’y attendre ! Chez C8, on est encore un peu abasourdi par la sévérité des sanctions et on prépare la contre-attaque. Reste tout de même à bien réfléchir : en effet, C8 est sous le coup d'une troisième procédure de sanction, ouverte il y a une quinzaine de jours après la diffusion d’un canular jugé homophobe. C’est une épée de Damoclès au-dessus de la tête de la chaîne qui prendrait le risque, en faisant appel, d’aggraver un peu plus son cas.

La direction de la chaîne devrait décider dans la journée si elle fait appel des sanctions prononcées contre elle.