Migrants en Méditerranée : la photo d'un bébé mort pour sensibiliser l'opinion

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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L'association Sea-Watch, qui contribue au sauvetage de migrants en Méditerranée, a publié la photo d'un bébé mort pour tenter de faire réagir les Européens.

Le fait média du jour, c’est cette photo choc, publiée hier par une ONG allemande. On y voit le corps inanimé d’un enfant, un réfugié, qui repose dans les bras d’un homme. Cet enfant est mort noyé dans le naufrage d’une embarcation de migrants en Méditerranée. Une photo bouleversante qui fait le tour des réseaux sociaux depuis plusieurs heures.

D’abord, décrivez-nous ce qu’on voit sur cette image choquante.

Cette image, c’est celle d’un enfant très jeune, âgé probablement de quelques mois. Cet enfant, on ignore sa nationalité, on sait seulement qu’il est mort noyé dans le naufrage d’une embarcation de migrants qui tentait de rallier les côtes européennes.
Sur ce cliché insoutenable, pris en gros plan, son corps sans vie repose dans les bras d’un humanitaire de l’organisation non gouvernementale "Sea Watch". C’est cette ONG allemande qui a décidé de diffuser cette image choc, hier. Une organisation qui intervient en mer Méditerranée pour porter assistance aux migrants qui font le choix de l’exil et espèrent atteindre l’Italie, notamment.

La photo de cet enfant, elle a été prise au large des côtes libyennes, sur une embarcation de l’ONG. Vendredi dernier, les humanitaires sont prévenus qu’un bateau vient de chavirer. A son bord, 350 personnes. Mais lorsqu’ils arrivent sur zone, il est déjà trop tard. De nombreux migrants sont déjà morts noyés. Et parmi eux, ce bébé dont la photo fait le tour du monde ce matin.

Cette photo pose une question : faut-il choquer pour faire bouger les choses ?

A cette question, l’ONG qui diffuse le cliché apporte une réponse catégorique : selon elle, c’est indispensable. Et elle l’explique dans un communiqué : "la gravité de la situation exige la publication d’une telle image".
Avec cette opération de communication, l’ONG veut jouer le rôle d’un lanceur d’alerte et mettre les pleins phares sur une tragédie qui dure depuis de longues années. Pour le fondateur de "Sea Watch", Harald Höppner, cela part d’un constat : celui que "les appels des politiques européens à mettre un terme à ces morts en mer ne sont que des mots".

Pour lui, diffuser cette image tragique, c’est tenter, une fois de plus, d’ouvrir les yeux d’une société européenne qui reste aveugle à un drame qui se joue à ses portes. Et surtout inciter les citoyens à demander des comptes à leurs responsables pour que l’indignation ne soit pas la seule réponse à apporter.

Cette organisation réclame la fin de l’immobilisme de l’Union Européenne.

Oui, l’ONG lance cet appel : "si vous ne voulez pas voir ce genre d’images, arrêtez de les produire !". En clair, elle rend responsable de cette situation les dirigeants européens. En filigrane, elle réclame un assouplissement des politiques d’entrées légales, et en sécurité, dans l’Union Européenne.

Cette photo, elle vient donc documenter un drame qui se joue dans l’indifférence générale, selon elle. Elle vient aussi rejoindre d’autres images bouleversantes publiées ces derniers mois. On se souvient de la photo du corps sans vie du petit Aylan, cet enfant syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage turque, après le naufrage de l’embarcation sur laquelle il se trouvait avec sa famille. C’était au mois de septembre dernier. Quelques semaines plus tard, un autre cliché, publié en une de Libération présentait le corps sans vie d’un jeune garçon Afghan, retrouvé mort sur l’île grecque de Lesbos.

Ce week-end, le porte-parole du haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés dressait un bilan terrible : rien que la semaine dernière, il estime à 700 le nombre de migrants morts noyés au large de la Libye. Parmi eux, une quarantaine d’enfants.

Ce matin, cette photo est un symbole de plus de ce drame. Mais un symbole ne prend du sens que lorsqu’il fait changer les choses…