Comment les médias ont traité l'agression de NKM

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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La publication d'images de Nathalie Kosciusko-Morizet allongée sur le sol après son altercation avec un passant a provoqué une polémique.

Ce matin, on s’intéresse au traitement médiatique de l’agression de Nathalie Kosciusko-Morizet. Hier, la candidate aux législatives à Paris a été victime d’un malaise après une altercation avec un passant. Et de nombreux médias ont relayé les images de cette altercation. Une série de photos publiée par l’AFP qui a suscité un véritable tollé sur les réseaux sociaux. Ce matin, la question reste posée : fallait-il oui ou non diffuser ces images ? Le débat est ouvert.

La scène se passe en fin de matinée, Nathalie Kosciusko-Morizet se trouve sur un marché parisien, dans le 5e arrondissement de Paris. Elle est candidate aux législatives dans la 2e circonscription de Paris. Elle est en train de distribuer des tracts, lorsqu’elle est prise à partie par un passant. Le ton monte, l’homme l’insulte. S’en suit une altercation, il pousse Nathalie Kosciusko-Morizet qui tente d’abord de se protéger avant de perdre l’équilibre. Elle chute lourdement sur le sol. Elle perd connaissance, et restera inconsciente plusieurs minutes, allongée sur le sol, avant d’être conduite à l’hôpital Cochin.

Sur place, de nombreux témoins. Parmi eux, un photographe de l’AFP qui prend une série de clichés de l’altercation. Sur le premier, on y voit la candidate debout, elle fait face à son agresseur. Sur les photos suivantes, Nathalie Kosciusko-Morizet est au sol, inanimée. On la voit d’abord de dos, les jambes repliées, puis de face, les yeux mi-clos, sans connaissance.

Très rapidement, l’information se retrouve sur les chaînes info, puis dans les JT de la mi-journée. Et pour illustrer ce fait dramatique de la campagne législative, plusieurs chaînes utilisent les photos que je viens de vous décrire, mises à disposition immédiatement par l’AFP. C’est le cas de TF1 qui diffuse dans son 13 heures la première image, celle de l’altercation. BFM TV quant à elle diffuse d’abord une image zoomée de NKM, allongée, de dos. Elle ne le fera qu’une fois. Elle la diffusera ensuite avec un plan beaucoup plus élargi. Quant à France 2, elle ira plus loin : la chaîne publique fera le choix de présenter l’ensemble de la série à ses téléspectateurs.

Et ces images suscitent rapidement une très vive émotion…

Sur le fond, l’agression de NKM soulève immédiatement une vague de réactions indignées. Elle en dit long sur le climat délétère dans lequel se déroule cette campagne. Mais effectivement, et c’est ce qui nous intéresse ce matin, c’est aussi la manière de relater l’événement qui fait polémique.

De nombreux internautes s’insurgent contre la diffusion de ces images. Des images qu’ils jugent "dégradantes". Ils sont nombreux à y voir une atteinte à la dignité humaine, ils estiment que ces clichés présentent une personnalité publique dans une situation de très grande vulnérabilité. Dans une position où elle n’est plus en mesure de maîtriser son image.

Dans un tweet, l’ancienne ministre Christiane Taubira exprime sa solidarité avec Nathalie Kosciusko-Morizet, mais aussi sa colère : "pour sa dignité, et pour la nôtre : pas d’images !" Michel Denisot lui aussi s’est fendu d’un message sur le même registre : "Tout mon soutien à NKM. Pas d’images".

Selon eux, l’agression de Nathalie Kosciusko-Morizet peut être relatée sans illustrations.

La question ce matin : fallait-il diffuser ces clichés ?

Du côté de l’AFP, on répond oui et on assume la publication de ces images. Un porte-parole de l’Agence France Presse explique à l’Express que Nathalie Kosciusko-Morizet est une personnalité publique, qu’elle est candidate aux législatives, qu’elle a fait un malaise et qu’elle a perdu connaissance après une agression. Des éléments qui présentent un intérêt légitime et qui justifient de relater l’information, à la fois en texte et en images. Et puis surtout, l’AFP renvoie la patate chaude aux médias qui ont fait le choix de diffuser ses photos.

A BFM TV, cette responsabilité, on l’a prise en toute conscience. Pour Céline Pigalle, directrice de la rédaction de la chaîne info, jointe ce matin, la valeur informative contenue dans ces clichés légitime leur diffusion. Ces photos aident à reconstituer un événement, elles permettent d’en comprendre la gravité.

Il faut rappeler que dans les premières minutes qui ont suivi les faits, les informations dont disposaient les rédactions faisaient état d’un simple "malaise" de la candidate. Dans un premier temps, rien ne laissait penser qu’il s’agissait d’une altercation. Ces images, elles ont donc permis de retracer le déroulement de ce qui est bel et bien une agression. Une agression avec un homme qui n’a toujours pas été retrouvé ce matin.