BFMTV se sépare de Romain Caillet, son expert en djihadisme fiché S

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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TéléObs a révélé dans sa grande enquête sur les spécialistes du terrorisme que l'ex-consultant de BFMTV avait prôné le djihad par le passé.

Le fait média du jour, c’est ce consultant de BFMTV, spécialiste du djihadisme, qui est placé sous surveillance par les services antiterroristes, il est "fiché S." Il s’appelle Romain Caillet, il intervient sur la chaîne info depuis plusieurs semaines, et le passé de ce consultant pose problème.

On l’apprend dans le dernier numéro de TéléObs qui consacre une grande enquête à ces spécialistes du terrorisme qui pullulent sur les plateaux télé pour apporter leur éclairage. Le magazine se penche sur cinq de ces experts capables de débarquer en urgence dans un studio pour analyser les risques terroristes, pour décrypter les mouvances à l’origine des attentats de ces derniers mois à Paris ou en Belgique notamment. Et parmi eux, on trouve un certain Romain Caillet, qui intervient sur l’antenne de BFMTV depuis la fin du mois de mars sous le titre de "consultant en djihadisme."

TéléObs fait cette révélation très surprenante : ce chercheur a pris dans le courant des années 2000 des positions en faveur du djihad, notamment sur des forums Internet islamistes, où il s’affublait du pseudonyme "Colonel Salafi".  On apprend aussi qu’à cette époque alors qu’il vivait au Caire, en Egypte, il comptait parmi ses fréquentations Fabien Clain, un Français considéré comme un des cadres les plus influents de Daech. Le magazine rapporte ensuite les propos tenus par Romain Caillet lors d’une garde à vue dans les locaux de la Sous-Direction anti-terroriste en janvier 2008, je le cite : "Depuis 2007, je ne suis plus pour le djihad. Je m’oppose au fait d’entraîner des jeunes pour se sacrifier à mourir". De ce passé sulfureux, malgré son repentir et malgré le fait que la justice n’ait retenu aucune charge contre lui, Romain Caillet a conservé un drôle de souvenir puisque selon TéléObs, Romain Caillet reste dans la ligne de mire des services antiterroristes et fait l’objet d’une "fiche S", toujours active aujourd’hui. 

Un personnage aux fréquentations controversées.

Dans un portrait que lui consacrait Libération en avril 2015, Romain Caillet se présentait comme un chercheur, un "geek du djihadisme" ou encore un "djihadistologue". Il racontait son parcours : naissance à Paris, en 1977, une scolarité chaotique dans des établissements privés catholiques, avant sa conversion à l’Islam en 1997, à l’âge de 20 ans. Il débute alors des études supérieures, se spécialise dans l’islamisme contemporain. Il part vivre en Egypte, en Jordanie puis au Liban où il approfondit sa connaissance des mouvements djihadistes. Dans ce portrait que lui consacrait Libé, Romain Caillet avait d’ailleurs cette phrase très éclairante : "je rencontre tout le monde. C’est le seul moyen d’avoir une information complète". Il ajoutait : "il m’arrive de dîner avec une personne des services de renseignements français, et le lendemain midi, de manger un kébab avec un djihadiste." Des fréquentations et un parcours qui ont fait de Romain Caillet un expert très informé, mais peut-être aussi trop informé… 

Ce matin, suite à ces révélations, BFM TV a décidé de se séparer de son expert.

Nous sommes en mesure de vous révéler en exclusivité que BFMTV rompt tout lien avec son consultant, définitivement. La chaîne nous indique qu’elle n’avait pas connaissance du passé de Romain Caillet quand elle l’a recruté, que ce dernier a été choisi pour ses compétences, mais qu’il a dissimulé son parcours. La direction de la rédaction annoncera sa décision dans un communiqué de presse, dans la matinée. Mais cet épisode pose la question de ces experts, de plus en plus omniprésents sur les plateaux télé. Et notamment sur les chaînes d’info en continu, qui doivent nourrir en permanence leurs antennes pour "faire vivre" les événements, pour les commenter, quasiment en temps réel. Il rappelle les chaînes à la plus grande vigilance sur le choix de leurs intervenants. Surtout sur des sujets aussi sensibles.