Attentats : le ministère de l'Intérieur s'indigne contre deux reportages

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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Le ministère de l'Intérieur a exprimé sa colère contre deux reportages diffusé par TF1 et M6 sur les attentats de Paris jugés violents et diffusés trop tôt.

Le fait média du jour, c’est le traitement médiatique des attentats de vendredi soir. Il est jugé globalement satisfaisant par le CSA, mais aujourd’hui, deux reportages posent problème au Ministère de l’Intérieur.

Le premier, c’est un reportage diffusé dimanche dans le magazine 66 Minutes, sur M6.

Le magazine présenté par Xavier de Moulins proposait une édition spéciale consacrée exclusivement aux attaques terroristes.

Dimanche soir, le magazine s’ouvre sur une séquence d’une dizaine de minutes tournée au plus près des pompiers de la caserne Chaligny, située dans le 12e arrondissement de Paris. Ils sont les premiers à arriver sur les lieux de la fusillade du restaurant La Belle Equipe, rue de Charonne.

On l’entend, les équipes de tournage embarquée avec les pompiers arrivent sur place avant la police. On suit l’intervention, minute par minute. Les visages des victimes sont floutées, mais les images n’en sont pas moins insoutenables. Elles racontent le chaos, l’urgence, l’effroi.

Elles témoignent aussi de la difficulté de la tâche des équipes de secours, confrontées elles aussi à la tragédie.

Un jeune homme vient s’enquérir de l’état de santé de sa sœur. Le pompier n’a que quelques secondes pour lui annoncer qu’elle ne survivra pas. Des scènes effroyables. Au-delà des images, il y a aussi les cris, les victimes qui appellent à l’aide.

Lors de la diffusion de cette séquence glaçante, marquée de l’avertissement " déconseillée aux moins de 10 ans", les réactions étaient très partagées sur les réseaux sociaux. A la fois admiratives face à un témoignage exceptionnel, à la fois très critiques face à des images difficile à supporter.

Sur TF1, quelques heures plus tôt, le journal de 13 heures d’Anne-Claire Coudray proposait un reportage de ce type, tourné aussi par une équipe embarquée au plus près des pompiers. Et là encore, ils sont arrivés avant les forces de l’ordre, quelques minutes seulement après les attaques.

La question qui se pose ce matin, c’est comment des équipes de télévision ont-elles pu se retrouver sur place avant la police ?

C’est bel et bien le hasard qui a conduit à la réalisation de ces deux reportages. Les deux équipes de tournage accompagnent les pompiers. Elles les accompagnaient avant les événements dramatiques de vendredi soir. Elles suivaient le quotidien des équipes de secours depuis plusieurs jours, c’est ce qui explique qu’elles aient pu être aussi rapidement sur place.

En revanche, les circonstances sont un peu plus complexes : ce n’est pas à proprement parler M6 qui suivait les pompiers mais une équipe de W9 qui tournait pour le magazine Enquête d’action. Mais vous le savez, W9 appartient au groupe M6. Les images sont donc arrivées logiquement, chez M6.

Même chose pour le sujet diffusé dans le 13 de la Une : ce n’est pas une équipe de TF1 qui suivait les pompiers, mais une équipe qui travaillait pour TMC, une chaîne qui appartient au groupe TF1.

Dans les deux cas, il s’agissait de reportages qui devaient donc être diffusés plus tard dans d’autres cases de programmation, sur d’autres chaînes.

Mais voilà, hier, le ministère de l’Intérieur a exprimé sa colère.

Selon un porte-parole cité par Le Monde, "le reportage diffusé par M6 est jugé violent" et surtout, "il a été diffusé trop tôt". La Place Beauvau estime que les victimes n’avaient pas toutes été identifiées au moment où la séquence a été mise à l’antenne, une séquence qui "pouvait donc porter atteinte à la dignité des personnes".

Mais ce qui pose aussi problème au Ministère de l’Intérieur, c’est le non-respect d’une sorte de contrat. Lorsqu’une équipe de tournage obtient le droit de suivre des policier ou des pompiers, elle signe une convention qui fixe un cadre très précis à ce tournage et qui détermine notamment les conditions de diffusion des images.

Parmi ces conditions, il y a notamment le visionnage préalable du reportage. Un visionnage technique effectué par les pompiers qui apparaissent à l’image, mais pas par le ministère de l’Intérieur, qui a donc le sentiment d’avoir été trahi, que les termes du contrat n’ont pas été respectés.

Face à cette situation, à cette problématique qui semble porter finalement plus sur l’administratif que sur le contenu, le ministère de l’Intérieur n’exclut aucune possibilité, y compris celle d’engager des poursuites judiciaires.

Un autre acteur pourrait s’exprimer dans cette affaire : c’est le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Ce matin, un porte-parole nous confirmait que le CSA était très attentif à la situation, qu’il avait été d’ailleurs été interpellé par des téléspectateurs sur ces deux reportages diffusés par M6 et TF1.

Pour l’heure, pas de décision, il est encore trop tôt, il faut respecter le processus classique en pareille circonstance et notamment la position d’un groupe de travail qui s’assure du respect des droits et libertés.

Rappelons que dans sa globalité, le traitement médiatique des attaques terroristes de vendredi soir a été jugé satisfaisant par le CSA.

 

Par téléphone : VINCENT Regnier, directeur des magazines d’information du groupe M6