Dans le secteur de l’archéologie, des emplois disparaissent dans le plus grand silence

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La Une de l'éco est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Chaque matin, Carole Ferry fait le point sur l'actualité économique.

Carole Ferry remplace Emmanuel Duteil du mardi 12 décembre au jeudi 14 décembre 2017.

Une immense inquiétude pèse sur l'emploi des archéologues. La menace est gérée au plus haut niveau par le ministère de la Culture et les difficultés commencent à être très concrètes.

En effet, puisque l'un des leaders privé de la recherche archéologique en France (la société Eveha) est actuellement en redressement judiciaire, 250 emplois sont menacés.
Selon tous les professionnels du secteur ce n'est sans doute qu'un début, la menace est beaucoup plus large et concerne plusieurs centaines d'emplois.
Il faut dire que l'activité s'est énormément développée dans les années 2000.
À l'époque, on construit à tour de bras des autoroutes, des voies de chemin de fer ou des lotissements.
À chaque fois, il faut vérifier si le terrain à construire ne cache pas des trésors du patrimoine français. Les archéologues sont donc appelés en masse et les entreprises se développent.

Bref, c'est la belle époque ?

Exactement, sauf que depuis, la crise est passée par là. Ces dernières années, on ne construit plus d'autoroutes ni de chemins de fer. Les grands projets, très attendus par le secteur, comme l'enfouissement des déchets de Bure, l'aéroport de Notre Dame des Landes ou le canal Seine Nord sont à l'arrêt.
Le grand Paris et la relance de la construction de manière plus globale donnent bien un peu d'oxygène mais pas suffisamment. Résultat le secteur est en souffrance.

Mais il s’agit d’entreprises privées, les archéologues ne sont pas des chercheurs qui travaillent pour l'État ?

C'était le cas jusqu'en 2003 où recherches archéologiques étaient alors le monopole de l'Inrap. Mais le secteur est ensuite ouvert à la concurrence, sans même que l’Europe ne le demande.
Les opérateurs privés expliquent que cette ouverture du marché était nécessaire car, fort de son monopole, l'Inrap enregistrait beaucoup de retard et affichait peu de réactivité.
De son côté l'Inrap dit que c'est juste parce que les besoins étaient tels qu'il fallait plus d'opérateurs. En tout cas, à l'époque, une dizaine d'entreprise privées arrivaient sur le marché de l'archéologie dans une ambiance respectueuse.
Aujourd'hui c'est une véritable guerre ouverte.
Le secteur privé accuse le service public de profiter de ses subventions pour casser les prix dans les appels d'offres et voler tous les marchés.
L'Inrap a d'ailleurs été rappelé à l'ordre par l'autorité de la concurrence qui lui demande de bien séparer sa comptabilité entre ses activités de service public et ses activités d'appels d'offre. Il a jusqu'à janvier prochain pour se réformer.
L'Inrap assure de son côté qu'il n'est pas le mammouth irréformable que l'on décrit et assure qu'il travaille à rationaliser ses coûts.
Mais au-delà de cette bataille de concurrence, il y a une réalité. Certes l'économie commence à redémarrer mais il manque le coup d'accélérateur, notamment dans les grands projets, qui permettrait de sauver l'emploi aujourd’hui menacé chez les archéologues.