Addiction et dépendance

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, addictions et dépendances.

On ne sait pas toujours qu’on est dépendant à quelque chose, mais on s’en rend compte lorsqu’on est en manque. C’est tout le sujet du numéro de septembre de National Geographic, "comment devient-on accro ?" et qui explique "les rouages de la dépendance" : "la dépendance survient, explique le journal, lorsque le circuit du manque submerge les points chauds du plaisir, plusieurs études prouvent que l’on peut être dépendant à un comportement et pas seulement à une substance". Un comportement. Par exemple, acheter impérativement son journal tous les matins. Or, en ce jour de mobilisation contre les ordonnances réformant le code du travail, préparez-vous : vous ne trouverez sans doute pas vos quotidiens en kiosque. De quoi savoir très vite si vous êtes addict au papier. Quoi qu’il en soit, vous pouvez toujours les lire en version numérique et constater que l’obsession du jour, eh bien ce sont justement les manifestations. La presse raffole des bras de fer et l’on retrouve ce matin à peu près les mêmes titres qu’il y a 10 jours : "Macron face à la rue", en Une du Figaro, "l’heure de vérité" pour le Courrier Picard, "ça ne fait que commencer !" prévient l’hebdomadaire Politis. Le magazine Challenges, lui, vous explique, tableau à l’appui, "pourquoi avec cette réforme les syndicats râlent et les patrons jubilent". Liste des frustrations pour la CGT, FO et la CFDT : inversion de la hiérarchie des normes, fusion des instances représentatives du personnel ou encore possibilité de signer des accords dans les entreprises sans les syndicats. Côté patronat, c’est la liste des satisfactions qui déborde : plafonnement des indemnités prudhommales, rupture conventionnelle collective et plans sociaux qui ne seront plus dépendants des profits fait par les entreprises au niveau mondial. Challenges qui publie un sondage assez parlant. L’institut OpinionWay a posé la question suivante à 300 chefs d’entreprises : "Êtes-vous favorable au projet d’ordonnances ?" réponse "oui", à 91%. Plébiscite incontestable. Pour rappel, c’était 38% seulement pour la loi El Khomri.

Et puis, à lire la presse, on pourrait se dire que la France est accro au modèle allemand.

Oui, les élections législatives auront lieu dimanche outre-Rhin, et chacun y va de son dossier allemand : numéro spécial de 40 pages pour Courrier International qui titre "Allemagne, terre inconnue". Dossier aussi dans le Point avec en Une le couple Macron/Merkel. A l’intérieur, on compare les deux modèles économiques : "croissance au top, taux de chômage très bas, balance commerciale colossale : dans le match France/Allemagne, c’est l’Allemagne qui fait la course en tête" La parole à un patron de groupe financier : "Ce qui frappe en Allemagne, dit-il, c’est combien l’entrepreneur est important et respecté. Et puis, le cout du travail est plus faible et les charges moins élevées". Pour relativiser ce tableau idyllique, il y a aussi ceux qui choisissent de démonter le mythe : "même à Francfort, tout n’est pas si rose, titre le Parisien, dans l’opulente cité financière, le modèle allemand fait débat".
Reportage à Berlin dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, et zoom sur les femmes, "travailleuses piégées, en première ligne des inégalités". Enfin, dossier dans Pèlerin magazine, qui s’interroge sur la réalité du "miracle allemand" : "A Leipzig, raconte l’hebdo, la situation économique n’a jamais été aussi bonne sur le papier : 7,6% de chômage, un record depuis 1991. Mais cette ville de l’ex-RDA compte encore beaucoup de familles touchées par la précarité : "bien des personnes âgées sont contraintes de travailler à cause de leur maigre retraite, soupire la directrice de l’Initiative ecclésiastique pour les chômeurs, j’en ai reçu une qui ne touchait que 530 euros de pension". En cause, les petites retraites donc mais aussi la réforme des mini-jobs, très mal payés, de courte durée et qui dans les faits, écrit le journal, permettent surtout de sortir ces travailleurs des chiffres du chômage. Conséquence : l’explosion de la précarité. 13 millions d’allemands sont pauvres ou menacés de pauvreté. Conclusion du reportage : "le miracle allemand a aussi ses limites". C’est à lire dans Pèlerin Magazine qui, cela va de soi, s’y connait en homologation de miracle.

Enfin, plusieurs cas de dépendance, à commencer par celle des accros à la politique.

Oui, ceux qui n’arrivent pas à décrocher, même quand c’est fini. Le "blues des dégagés", article de Patrice Duhamel dans Vanity Fair qui passe au crible les cas de Sarkozy, Juppé, Hollande, Fillon et Valls… Le plus addict étant peut-être le journaliste, qui dit de Hollande : "comment l’imaginer longtemps éloigné de la scène politique ?" Ou encore de Sarkozy : "réussira-t-il, comme il l’affirme, à respecter une vraie cure médiatique ? Rien n’est moins sûr". Eh oui, les désintox sont toujours douloureuses, surtout quand elles sont forcées. C’est aussi ce que note Paris Match qui alerte plus sérieusement sur "l’emprise des écrans sur les enfants" : "Ryan, Enzo, Ava et Nassim ont entre trois et 10 ans et ont tous les mêmes symptômes : mutisme, irritabilité, crise à répétition. "Dans ces cas-là, je pose aux parents la question des écrans, explique le Docteur Barthelemy, et les réponses sont toujours les mêmes : télé allumée en permanence, portables au réveil, pendant les repas et tablette dans les chambres. « Le sevrage fut une épreuve, raconte une mère, au début c’était la guerre, mon fils ne savait plus comment s’occuper, et puis il a réussi à se concentrer davantage, il s’est même mis à lire !". La psychologue Sabine Duflo rappelle les règles : pas d’écran le matin, ni pendant les repas, ni avant de dormir, ni dans les chambres, "parce que ce qui en jeu, dit-elle, c’est le développement de l’enfant". Justement… Pour conclure on peut citer le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux interrogé par Beaux-Arts Magazine : "Notre cerveau est un système dynamique, dit-il, il se construit progressivement du stade fœtal à l’âge adulte pendant 15 ans, et c’est pour cette raison que l’art est bon pour le cerveau, il apporte à l’enfant une synthèse alliant émotion et raison". "Le contact avec l’art peut-il aboutir à une forme d’addiction ? demande le journal, "oui, répond Jean-Pierre Changeux, parce que la contemplation d’une œuvre peut faire intervenir les systèmes cérébraux de récompense avec la dopamine, donc, oui, on peut devenir dépendant de ce type d’émotion". Interview passionnante à lire donc dans le numéro d’octobre de Beaux-Arts Magazine, où vous pourrez trouver de vraies bonnes "drogues", garanties sans effets secondaires néfastes.