À la Une : Notre-Dame-des-Landes

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

L’incontournable du jour : Notre-Dame-des-Landes.

En Une de la majorité de vos journaux. Honneur à ceux de l’ouest.

"C’est non !" titre avec un grand point d’exclamation le Télégramme.
"C’est fini", espère Presse Océan.
Le Courrier de l’Ouest parle d’un "abandon", Sud-Ouest d’un "renoncement" et pour la Charente Libre, "Macron lâche l’affaire".

"Tout ça pour ça, résume François-Xavier Lefranc dans Ouest-France. Et pourtant, le gouvernement pouvait-il faire autrement ? Aujourd’hui, écrit le journal, ce que beaucoup de citoyens attendent, c’est d’abord l’amélioration des liaisons ferroviaires, la fin des zones blanches et le développement du haut débit dans les zones rurales".

Manière de répondre à ceux qui brandissent l’argument du développement économique que les conditions de sa réalisation ont changé.
Ce qui était moderne en 1970 est "daté" en 2018.
C’est le mot choisit par les Dernière Nouvelles d’Alsace, qui jugent que ce projet "presque pompidolien, avait vieilli".
"Un vestige des trente glorieuses, ajoute le Républicain Lorrain, une hérésie à l’heure de la sobriété énergétique".

Voilà pour le constat. Vient ensuite la question de "l’après" que tout le monde n’aborde pas de la même manière.

Il y a d’abord l’angle de "l’après" immédiat : l’évacuation de la ZAD, dont le Parisien redoute qu’elle "dégénère en explosion de violence".

En Une, d’ailleurs, cette photo de Nicolas Hulot, index pointé en avant et regard ferme : "l’État ne tolérera aucune exaction".
Oui, c’est bien Nicolas Hulot, et pas Gérard Collomb…
Les violents n’ont qu’à bien se tenir. D’ailleurs, il le dit aussi en page 3, "cette décision n’est en aucun cas une licence pour reproduire ce type d’action".

Parce qu’en dehors de l’évacuation, "l’après", c’est aussi "la cinquantaine d’autres projets en France que les zadistes ont dans le viseur, écrit Yves Thréard dans le Figaro, leur victoire en Loire-Atlantique va les encourager à recommencer ailleurs, l’État doit mettre ces ravis de l’écologie militante, ennemis du capital et chantres du désordre, hors-jeu".
Pour y voir clair, Libération propose d’ailleurs la carte de France des "ZAD en devenir" avec ce titre "à qui le tour ?".

Mais "l’après", ça n’est pas que l’affrontement et la prolifération des cabanes en bois.
C’est aussi la question de l’avenir du bocage, un avenir "qui pourrait ressembler au modèle du Larzac".
Reportage dans Midi Libre, où Arnaud Boucomont est allé voir "les premiers zadistes, ceux qui il y a quarante ans sont venus prêter main forte aux paysans aveyronnais. Ils ont amené des idées nouvelles, écrit le journal : le bio, la vente directe, mais aussi les groupements de producteurs.
"Ici, raconte Marlène, venue de Normandie, il y a une grande solidarité entre agriculteurs, un peu comme une bulle à l’abri de la crise agricole."
Pourquoi ça marche ?
Parce que la clé, c’est l’outil foncier, explique Christian, un ancien zadiste devenu éleveur de brebis, ça marche parce que l’État loue ses terres aux agriculteurs, avec un bail qui court jusqu’en 2083.
"Pour Notre-Dame-Des-Landes, c’est pareil, dit-il, le stock de terre ne doit pas retomber dans le privé, des projets pourront alors voir le jour, y compris utopique, mais je trouve ça bien, moi, d’aller au bout de ses rêves"".

Voilà, chacun les siens, mais c’est en tout cas une autre vision de "l’après", à lire donc dans Midi Libre.

Et puis, il y a cette question en Une de l’hebdomadaire Le 1 : "est-il urgent de ralentir ?"

Oui, comme en écho aux "rêves" des zadistes, le journal fait témoigner "ceux qui ont choisi de ralentir"
Gilles, par exemple, ancien trader, la quarantaine, qui se présente comme un "junkie de l’adrénaline", et qui a tout arrêté le jour où il a appris que sa mère allait mourir.
Même récit à peu de chose près pour Florent, 29 ans, lui aussi urbain hyperactif qui a "pris conscience que sa vie était illusoire".

En revanche, l’histoire de Nelly est un peu différente : "Elle est la preuve vivante écrit Manon Paulic, qu’il n’est pas nécessaire d’être plongé dans la folie des métropoles pour perdre les pédales : elle vivait en Ardèche, dans un petit village isolé, lorsqu’un burn-out l’a terrassée".
Pourtant son travail avait "un sens" comme on dit, "j’étais passionnée, dit-elle, je travaillais 50 à 70 heures par semaine pour une structure associative". Mais du jour au lendemain, son corps a cessé de fonctionner. Plus aucun mouvement possible.

Pendant deux ans, elle est restée alitée, dormant 20 heures par jour. Scotchée. Jusqu’à récupérer progressivement et remettre ses certitudes en question.

"J’ai dû changer mon rapport au temps et au faire, dit-elle ». Fini les mails, les rapports et le portable. Elle se met à bricoler, à jardiner, explique Le 1, à accepter de ne rien faire".

Alors c’est un cas extrême, évidemment, mais il y a bien dans notre société "un sentiment de manque de temps, écrit Aude Lancelin, de rush permanent, une impression, surtout, que la chose s’aggrave (…) mais la liberté de couper, elle, n’a pas disparu, elle est encore là, maintenant, et à tout moment du temps", écrit la journaliste qui conclue en incitant chacun à la saisir.

Ralentir, c’est le thème donc du dernier numéro du 1 qui n’est pas le seul à en parler !

Le temps et surtout le "sens de ce qu’on fait" fleurit un peu partout.
Par exemple dans cette interview exclusive d’Elena Ferrante dans l’Obs. "L’inconnue aux deux millions de lecteurs", auteure de l’Amie Prodigieuse a accordé un entretien par mail interposé à Didier Jacob à qui elle confie sa "plus grande crainte : celle, dit-elle, de sentir tout à coup que consacrer autant de ma vie à l’écriture n’a aucun sens"
Une sensation qu’elle dit avoir éprouvé très souvent et dont elle craint le retour.

Même chose dans Le Point, où le neuropsychologue Francis Eustache vous prévient : "la rêverie, c’est très important (…) Ne rien faire, rêvasser dans votre canapé, dormir, dit-il, c’est là que la mémoire se synthétise. Il faut prendre le temps".
C’est la science qui vous le dit.

Et puis il y a ceux qui vont encore plus loin, trop manifestement, comme le magazine Stylist qui publie en couverture la photo d’une grand-mère buvant son thé, avec ce titre : "cette femme a attendu d’avoir 70 ans pour prendre sa retraite, ne faites pas la même erreur !"
"Et si arrêter de travailler était le meilleur moyen de rester actif ?", demande le journal.