A la Une : la télévision est-elle un robinet à discriminations ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on interroge ce qui jusqu’à présent ne posait pas question

Oui, après  "pourquoi "se maquiller en Noir" n’est pas drôle" et "pourquoi les blagues sur les femmes battues ne passent plus". La question du jour est : la télévision est-elle un robinet à discriminations ? C’est qu’a voulu vérifier l’association des journalistes LGBT en "traquant les comportements sexistes ou homophobes sur le petit écran". 

Article à lire sur le site du Monde : "pendant un mois, écrit le journal, les membres de l’association ont visionné cinq émissions populaires : "Quotidien", "Salut les terriens", "On n’est pas couché", "C politique" et "l’heure des pros". Résultat : 55 séquences problématiques sur 100 heures de programme, des propos discriminants généralement dit sur le ton de l’humour qui amènent l’association à accuser ces émissions, non pas d’être homophobes, mais de chercher "à faire le buzz sur le dos des minorités"

Alors, "faut-il rire de tout ?". Question posée par l’hebdomadaire Le 1 qui tente de faire le tri dans "la confusion des genres". Et, preuve qu’on n’a pas beaucoup avancé sur la question depuis 30 ans, le journal republie un texte de Pierre Desproges, daté de 1983. "Peut-on rire de tout ? "oui" sans hésiter. Mais avec tout le monde : c’est dur. Personnellement, c’est quelque fois au-dessus de mes forces," explique Desproges qui note que "la présence d’un stalinien, d’un terroriste ou d’un militant d’extrême droite", assombrit sa "jovialité monacale". "Attention, ne vous méprenez pas, disait-il, je n’ai rien contre les racistes, c’est plutôt le contraire !". "En un mot comme en cent, il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au Scrabble avec Klaus Barbie". Analyse qui n’a effectivement pas vieilli en 35 ans, mais qui est simplement partagée aujourd’hui par des minorités mutiques en 83. Un texte à retrouver en intégralité dans le dernier numéro du 1.

Autre question, posée cette fois dans l’Obs : peut-on tout éditer ? Et précisément, peut-on republier des textes antisémites ?

Oui, en l’occurrence ceux de Louis-Ferdinand Céline. Alors que Gallimard envisage de rééditer "Bagatelles pour un massacre", Serge Klarsfeld demande son interdiction dans le dernier numéro de l’Obs.

"Pour moi, il est tout simplement impossible de le rééditer, résume le président de m’association des Fils et Filles de déportés de France, ces textes appellent à la haine des juifs, ils appellent au meurtre. Et dans un moment en France où des juifs se font attaquer parce que juifs, ce serait irresponsable."

"En France nous avons des lois, ajoute Serge Klarsfeld, nous avons fait interdire les spectacles de Dieudonné, condamner les propos de Robert Faurisson et Alain Soral. Dans la même logique, ces pamphlets tombent sous le coup de la loi.". Un entretien qui soulève de nombreuses questions : la différence entre disposer d’un livre en bibliothèque et en librairie, entre l’étudier et pouvoir l’acheter. à lire donc sur le site de l’Obs

Tout autre titre ce matin. Les questions autour de l’anniversaire du président de la République.

Oui, la presse doit-elle y accorder de l’importance ? En faire des articles ? On serait tenté de répondre qu’on ne voit pas l’intérêt. Mais plusieurs publications répondent à l’inverse que, si, c’est un sujet. A l’image de l’Opinion, qui titre "Happy birthday monsieur le président" et qui a demandé à une quarantaine de personnalités : "qu’offririez-vous au président pour son anniversaire ?". En vrac, on trouve les "Mémoires d’espoir du général de Gaulle" proposées par  Jean-Louis Debré pour "continuer à mettre la France sur le chemin du progrès", pour Cyril Hanouna (qui l’a déjà appelé hier en direct dans son émission) ce serait "une raquette de tennis", pour Gaspard Ganzer "un match du PSG", Laurence Parisot "un agenda de la Pléiade".

Enfin Pierre Moscovici propose de lui offrir "modestement" dit-il, son prochain livre "réflexion sur le passage du monde d’hier à un nouveau monde politique". Ça va être compliqué après ça de se moquer de Laurent Delahousse. D’autant qu’il n’y a pas que l’Opinion, il y a aussi l’Express qui titre : "Macron, l’âge de raison ?". Ça ne veut pas dire grand-chose, mais c’est pas grave, ça fait toujours un titre et 2 pages.

Le Républicain Lorrain profite aussi de l’évènement pour faire le portrait d’un "président jeune et vieux, qui parle à toutes les générations". "Pour son anniversaire, tout lui sourit, écrit le journal, de bons sondages, une majorité solide, des louanges à l’étranger. Les critiques glissent sur lui comme des gouttes de mauvaise foi sur une toile cirée. Bref, il ne marche pas encore sur l’eau mais ça ne saurait tarder."

Enfin, il y a ce cadeau indirect de la part de The Economist, puisque le magazine britannique vient de sacrer la France "pays de l’année".
Quant à la valeur de ce genre de titre, The Economist, lui-même, relativise : "chaque année, nous cherchons les pays qui ont évolué sur les 12 derniers mois, après. il nous est arrivé de faire des erreurs. En 2015, nous avions choisi la Birmanie. Mais nous avons échoué à prédire la répression."

Enfin, une question que tout parent s’est déjà posé : faut-il dire la vérité ou mentir tranquillement à ses enfants sur. le père Noël ?

Oui, dossier à lire sur le site Rue89 qui publie les témoignages de parents désemparés. Marie et son compagnon, par exemple : "on a l’impression d’être malhonnêtes, de littéralement prendre notre fils pour un con alors qu’on sait qu’on a à faire à un enfant intelligent." Justine, 32 ans, mère de Lucien, 3 ans : "moi, je ne voulais pas lui parler du père Noël, mais dans son école, ils font écrire des lettres aux enfants."  Même chose pour Cécile, mère d’une petite fille de 3 ans : "On m’impose de  lui mentir !"

Alors pour défendre le mythe, la psychologue, Dana Castro, explique que "l’enfant a besoin d’un monde féerique, le père Noël, ça a pour fonction de développer la créativité, l’imagination." Une thèse que vient relativiser une étude publiée dans The Lancet, mettant en garde contre "la rupture de confiance" : "si mes parents mentent si bien sur le père Noël, pourquoi ne mentiraient-ils pas sur d’autres choses ?" Il y a débat. Mais à l’heure où on vous répète qu’il faut préserver les enfants des fake-news dès le plus jeune âge, il n’est pas absurde de se poser la question.