À la Une : la sécurité à Calais

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

"Je suis CRS à Calais et je sais que ça ne sert à rien".

Témoignage rare et très cash dans le dernier numéro d’Ebdo, d’un agent qui enchaine les missions dans le Nord depuis 15 ans et qui a souhaité rester anonyme.  
"À Calais, dit-il, j’obéis aux ordres, je débranche le cerveau. J’ai connu Sangatte, la jungle et maintenant l’après jungle, et je sais que tout ça ne sert à rien. Ce n’est pas de la faute du CRS, c’est le système : on nous demande de faire du vent, de faire de l’éviction.
Alors avec la fatigue et l’exaspération, il peut arriver qu’un policier pète un câble J’en ai un qui a foutu le feu à des tentes au point qu’il a fallu appeler les pompiers. (…)
Mais en général, on ne se laisse pas approcher, on ne descend pas du véhicule, on envoie un spray de gaz depuis la fenêtre… Dans 90% des cas, les migrants dégagent avant qu’on ait besoin de les faire partir".

Et il décrit, les millions d’euros engloutit, non seulement par ces envoies répétés de compagnies de CRS sur place, mais aussi les installations "de contrôles, de plus en plus sophistiquées, de plus en plus étanches, à l’entrée du tunnel sous la Manche. Et surtout, sur le port, digne de Star Treck, dit-il : les camions sont inspectés de fond en comble, une sonde détecte s’il y a du CO2 à l’intérieur, signe que quelqu’un a respiré, un scanner radiographie le camion, qui est ensuite passé au détecteur de battements de cœur.
Dans les alentours des caméras, des patrouilles, des grillages partout".

Un témoignage qui permet de comprendre ce que vont financer les millions d’euros promis hier par Theresa May à Emmanuel Macron.

Un arsenal qui ne sert à rien d’après le CRS, "on a beau mettre 1.000 CRS, il y aura toujours des migrants. Ils veulent passer en Angleterre. Essayer de les dégouter, ça ne marche pas".
"Au fond, je pense que ce sont des lâches qui refusent de crever en défendant leur pays", conclue brutalement le CRS, avant de reconnaitre qu’en 15 ans, il n’a "jamais eu de conversation avec un migrant".

Un témoignage recueilli par Haydée Sabéran, à lire dans Ebdo.

Sécurité toujours, mais dans un tout autre genre, le deal de crack qui gangrène le métro parisien.

"Les zombies du métro : enquête sur ces stations squattées par les fumeurs de crack".
C’est la Une du Parisien ce matin, photo de deux toxicomanes à l’appui.
A première vue, on pourrait se dire que c’est un peu exagéré, que sur la très propre et très touristique ligne 1 par exemple, on n’en a jamais vu. Sauf que ce n’est pas un fantasme, ça se passe dans le nord de la capitale.
Et ce sont les syndicats CGT et Sud Ratp qui alertent : face à l’insécurité grandissante et au risque sanitaire, ils appellent à la grève.

Un sujet que la RATP ne découvre pas, bien au contraire.
En un an, 280 vendeurs et 400 consommateurs ont été interpellés, raconte Le Parisien, des associations de lutte contre la toxicomanie ont même été mandatées pour faire de la prévention sur les lignes 4 et 12, mais "le phénomène perdure"

Même constat d’impuissance en page 9 de La Croix : "Certes, on essaye d’amener ces consommateurs vers le soin, confie une directrice d’association, mais ça n’est pas simple… Contrairement à l’héroïne, il n’existe pas de produit de substitution au crack".

Deux enquêtes sur ce qu’on appelle "la drogue du pauvre", pas chère et extrêmement addictive, à lire dans Le Parisien et dans La Croix.

Sinon, Libération et L’Humanité s’intéressent à Donald Trump qui fête sa première année à la Maison Blanche.
Le Figaro et L’Opinion anticipent les vœux aux armées qu’Emmanuel Macron doit prononcer aujourd’hui.
Le Progrès s’intéresse aux services d’urgences qui sont saturés à Lyon.
Le Dauphiné au chômage.
Midi Libre à l’augmentation des plaintes pour viol dans l’Hérault.
Et le Courrier Picard, plus léger, (mais visiblement, il y a un sujet) au faible taux d’ensoleillement depuis le 1er janvier.

Au milieu de tout ça, Ouest-France nous apprend que les français sont satisfaits de leur environnement.

C’est ce qui ressort d’un sondage commandé par le journal à l’Ifop :
"diriez-vous qu’il fait bon vivre là où vous habitez ?" Réponse "oui", à un très large 88%.
Mais, il y a un mais.
On pourrait se dire que le français est plutôt heureux et relativement optimistes, sauf que dès qu’on parle du futur, rien ne va plus.
Pour 85% des personnes interrogées "dans les années à venir, on va vers plus d’indifférence à l’égard d’autrui".
83% jugent que "la volonté de s’enrichir et de ne réussir que pour soi" augmente.
Et 76% voient le futur sous le signe "d’un repli individualiste".

Évidemment, ce sont les autres mais pas soi. On imagine mal les sondés répondre qu’eux-mêmes envisagent d’être "indifférents à autrui" et de "s’engager dans un repli individualiste".

C’est ce que Ouest-France qualifie "d’éternel paradoxe : puisque que malgré ce pessimisme déclaré, écrit Laurent Marchand, le nombre de bénévoles dans les associations augmente, l’économie sociale et solidaire a le vent en poupe et chaque jour naissent des start-up proposant de solutions pour une société plus fraternelle".

De quoi se demander comment soigner un tel pessimisme. Ça, le sondage ne le dit malheureusement pas.

Sinon, pour retrouver foi en l’avenir, on peut aussi regarder vers le passé.

Oui, et lire l’interview d’Yves Coppens dans le dernier numéro de l’Obs. Celui qui est peut-être le plus célèbre paléo-anthropologue, père de Lucy, publie ses mémoires et raconte à la journaliste Véronique Radier combien la question des origines de l’humanité fascine toujours autant :
"je reçois beaucoup de lettres d’enfants, par exemple, incroyablement passionnés. Il faut voir leurs yeux et la façon dont ils écoutent, même s’ils sont devenus plus distraits avec les tablettes et la télé, ça n’exclut pas le rêve, la puissance de l’imaginaire et ces questions qui nous occupent depuis toujours : d’où venons-nous ? Que sommes-nous et où allons-nous ? La préhistoire raconte l’histoire universelle, dit-il, celle qui permet de nous situer dans le temps, dans l’espace, de prendre des distances avec les évènements accessoire et de mesurer l’essentiel : nous appartenons tous à une humanité commune".

"Sapiens est un pirate de l’humanité", résume Yves Coppens.
Manière de rappeler que nous ne sommes pas les premiers à être passés par là, que Sapiens Sapiens en a vu d’autres et qu’il doit bien y avoir moyen de "pirater", une fois encore, les mauvais sorts qu’on nous promet.