À la Une : la question de la confiance vis-à-vis de la presse

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, la question de la confiance vis-à-vis de la presse.

"Pour des médias plus fiables, et contre les bobards", c’est l’appel en Une de La Croix ce matin, qui publie en intégralité le baromètre annuel Kantar-Sofres de "la confiance des français dans les médias". Verdict : 90% des 1.000 personnes interrogées souhaitent que nous fournissions "en priorité une information fiable et vérifiée". 2% seulement souhaitent que les médias affirment un choix partisan. La radio arrive toujours en tête comme support le plus crédible. "À propos des nouvelles qui sont diffusées, est ce que vous vous dites que les choses se sont passées comme on vous le raconte ?". La réponse est "oui", à 56% pour la radio. 52% pour les journaux papier, 48% pour la télé et 25% pour Internet, dont la crédibilité baisse de 1% sur un an. Instructif aussi, le tableau dit du "traitement des grands évènements en 2017". 67% des personnes interrogées jugent par exemple qu’on a "trop parlé" du transfert de Neymar au PSG. En revanche, 51% estiment qu’on n’a "pas assez parlé" des ordonnances réformant le code du travail. Un baromètre à retrouver en détail donc dans La Croix.

Et l’une des informations largement traitées ce matin, c’est l’opération "attractivité de la France" menée hier par Emmanuel Macron.

Oui, où l’on décortique la communication présidentielle. Où l’on s’en plaint, surtout. Dans le Courrier Picard, Daniel Muraz regrette que la réception des 140 PDG internationaux à Versailles se "soit déroulée à huis clos, loin des journalistes, incapables sans doute de saisir toute la complexité de la démarche macronienne". Même critique dans la Voix du Nord, où Hervé Favre rappelle que le Président, qui a pourtant fait hier sa troisième visite dans la région en quelques semaines, "refuse toujours les demandes d’interview". Alors on suit comme on peut. On rapporte l’évènement avec la matière disponible, la matière "autorisée". En page trois, le journaliste de la Voix du Nord, Jérémie Lemaire, raconte la visite d’Emmanuel Macron dans l’usine Toyota d’Onnaing : "une visite de plus de deux heures, dit-il, pour l’occasion, le nombre de journalistes autorisés à assister aux échanges avec les salariés a été réduit. Notre photographe par exemple n’a pas pu accéder aux ateliers. Une séquence très calibrée par le service de presse, à l’issue de laquelle il n’y a pas eu de discours ni d’interview avec les médias présents". Tout ce que peut rapporter le journal, c’est donc la séance de selfies avec les salariés, "très fiers" et "heureux" de croiser le Président de la République : "parce que ça n’arrivera probablement qu’une fois dans ma vie", confie un apprenti. Exactement ce que "le service de presse qui calibre" voulait voir publié. C’est que "nous sommes au temps de la politique Instagrammable, écrit Cécile Cornudet dans Les Échos, cette politique que l’on choisit de montrer pour sa photogénie (…) Dans un monde d’image, on montre des images. Les échanges, eux, se font à huis clos, pour que le regard se porte ailleurs". Cécile Cornudet qui relève qu’en parallèle, d’autres images circulent : "celles de migrants aux prises avec les forces de l’ordre à Calais", mais aussi "celle des CRS affrontant les surveillants de prisons en grève". Reste une question, conclue l’éditorialiste : "quand deux albums photos entrent ainsi en concurrence, que retiennent les français ?" Oui, sachant qu’on peut aussi se dire qu’avant "que retienne les Français", il y aura toujours "que retiennent les journalistes ?".

Une question qu’on peut poser à propos d’un autre titre ce matin : l’après Notre-Dame-Des-Landes et l’évacuation de la Zad.

Eh oui puisque depuis deux jours, toute l’attention se porte sur un axe routier dont on n’avait que faire jusqu’à présent : la route des chicanes, cette départementale qui traverse la zone. Le Parisien nous dit que "les opposants au projet d’aéroport ont commencé à la libérer" et surtout que, là aussi, "les journalistes n’ont pas pu voir grand-chose : leur présence n’était pas souhaitée". "On n’a rien à cacher, expliquent les responsables d’association dans Ouest-France, mais ce moment chargé d’émotion doit rester entre nous". Même constatation dans Libération : "la presse a été tenue à distance", écrit Guillaume Frouin qui fait tout de même le récit "des derniers instants des chicanes", où l’on retire "les épaves de voiture, pneus et autres blocs de béton". Ça a l’air calme, tout semble se dérouler assez sereinement. Et puis l’on ouvre, le Figaro, qui peint cette fois un tableau légèrement différent, celui d’une route où les "zadistes font toujours la loi". Le reporter nous dit que "Les journalistes n’ont pu voir que l’arrivée des tracteurs et de leur remorque. L’État de droit à Notre-Dame-Des-Landes n’est pas encore restauré", note le journaliste Guillaume Frouin. Si vous avez bien suivi, deux journaux, deux visions différentes d’un même évènement, mais un seul journaliste. De quoi rappeler la question posée par le sondage de La Croix : "à propos des nouvelles qu’on vous rapporte, est ce que vous dites que, oui, les choses se sont passées telles qu’on vous les raconte, ou non ?".

Et ce thème de la confiance revient d’ailleurs de plus en plus souvent dans la presse elle-même.

Par exemple, dans L’Humanité qui s’intéresse ce matin au travail de l’association Jet d’Encre dont la mission est "l’éducation aux médias" des adolescents. "Une question essentielle, écrit le journal, à l’heure où fausses nouvelles et informations trafiquées envahissent les réseaux sociaux". Question qui ne concerne pas que les "jeunes" et les "réseaux sociaux", puisque le site des Décodeurs du journal LeMonde publie une fiche pour aider ses lecteurs à y voir plus clair : "tribune, édito, chronique… comment faire la différence ?". Avoir confiance, ça n’est jamais simple.

Tenez, une info "positive" ce matin, trouvée dans le dossier "anti-déprime" de Femme Actuelle.

Trois pages de petits conseils pour triompher de la déprime hivernale et, parmi ces suggestions : la Mozart thérapie. "Des chercheurs en neurosciences et en psychiatrie ont testé plusieurs morceaux, écrit le magazine, et celui qui décroche la palme des antidépresseurs naturels est la sonate K.448 pour deux pianos. Posologie euphorisante : cinq minutes par jours". Femme Actuelle ne donnant aucune source, on a voulu vérifier et retrouver l’étude en question. Pour s’apercevoir qu’elle a été publiée en 1993 sur 36 patients seulement, et qu’elle a été depuis largement contredite, notamment par une autre étude, menée par des chercheurs Viennois sur un échantillon de 3.000 personnes et publiée dans la revue Intelligence en 2011. Conclusion : "l’effet Mozart" sur le moral est une légende, une bonne vieille "fake news". Ce qui n’empêche pas d’en écouter, histoire de vérifier par vous-même si c’est ou non efficace.