"Votez pour celle (ou celui) qui respecte le plus l'opinion qui n'est pas la sienne"

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La Morale de l'Info est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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C'est le jour du grand débat, l'occasion de revenir les Essais de Montaigne

C'est le jour du grand débat ! Les 2 finalistes de l'élection présidentielle vont donc s'affronter ce soir, et tenter de convaincre les derniers électeurs hésitants. L'occasion, pour vous, de revenir sur le chapitre des Essais de Montaigne, qu'il faut lire avant de regarder un débat : le chapitre 8 du troisième livre des Essais.

Oui, c'est un chapitre magnifique dt j'ai déjà parlé ici, intitulé "de l'art de conférer", c'est-à-dire de l'art de la conversation. Montaigne y assume une position surprenante : "Les traits de ma personnalité que j'estime le plus, écrit-il, tirent plus d'honneur du fait que je me blâme, que du fait que je me loue... et je cherche, à la vérité, plus la fréquentation de ceux qui me malmènent, que de ceux qui me craignent. "

Ce qui veut dire ?

Qu'un désaccord est une richesse, une chance, et une occasion de faire la guerre à ses propres opinions. Montaigne va très loin ds cette logique, puisqu'il précise "Je me sens bien plus fort de la victoire que je remporte sur moi quand, ds l'ardeur même du combat, je m'oblige à plier sous la force du raisonnement de mon adversaire, que je ne me sens gré de la victoire que je remporte sur lui grâce à sa faiblesse" Autrement dit, l'enjeu n'est pas de triompher de l'autre, mais de triompher de soi, de se méfier de ses propres opinions et de l'irrépressible tentation de les tenir pour des vérités.

Mais une logique de cette nature est inapplicable ds le cadre d'un tel débat : on imagine mal l'un des deux débatteurs dire à l'autre "c'est vous qui avez raison".
En effet, et c'est bien dommage, car une telle phrase est l'indice de la grandeur.

Et quel spectacle magnifique offriraient les protagonistes du débat s'ils avaient le courage de s'incliner, parfois, devant les arguments de l'adversaire. Et puis comment penser qu'un seul discours puisse être la vérité ?
Imaginez un instant que MLP dise à EM "vous n'êtes pas, Monsieur, l'héritier de FH. Le dire n'a aucun sens. Vs avez été le ministre provisoire d'un gvt que vous avez quitté pour lancer une campagne qui a détruit le parti dont il était le 1er secrétaire, et une campagne qui déjoue les usages éculés de la politique..."
Et imaginez qu'en retour, EM dise à MLP "Vous n'êtes pas, Madame, la même que votre père, dont l'antisémitisme est la passion fondamentale, et que vous avez sagement exclu d'un parti qui, de cette façon, s'est dédiabolisé tout seul..." Ce serait magnifique !

Oui, mais ça n'arrivera pas.

Non, ça n'arrivera pas. En démocratie, sous le régime des projecteurs, l'inimitié prend inévitablement le pouvoir sur la contradiction. Le dogmatisme est vécu comme une force, et ce genre de reconnaissance mutuelle passerait pour de la faiblesse aux yeux de leurs militants respectifs. C'est pourtant la seule façon d'introduire une véritable nouveauté ds le jeu politique, et d'y substituer l'imprévisible réalité d'un débat aux figures attendues d'un combat.

LMDI?
Dimanche prochain, votez pour celle (ou celui) qui respecte le plus l'opinion qui n'est pas la sienne.