Valls a-t-il les moyens de rassembler ?

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Manuel Valls a quitté son costume de Premier ministre hier pour endosser celui du super héros de la gauche.

La politique c’est la déclaration de candidature de Manuel Valls à la présidentielle. Il a enlevé son costume de Premier Ministre autoritaire, qui tranche, pour endosser celui de candidat qui  rassemble la famille, qui réconcilie  la gauche. Est-ce qu’il a réussi sa mue ?

Il nous a joué  la transformation façon super héros, c’est Clark Kent qui entre dans une cabine téléphonique et qui ressort en Superman, c’est Don Diego de la Vega qui disparaît  et Zorro qui apparaît la minute d’après. Et honnêtement c’était bien fait, il a eu les mots justes : protéger les plus faibles, une mondialisation au service du peuple, l’éducation et la démocratie sociale axes de sa candidature. Discours convainquant, bien exécuté. Sauf que Manuel Valls n’est pas François Fillon : François Fillon a été Premier ministre il y a cinq ans, la droite amnésique, a effacé ses années Sarkozy, il n’a pas été plombé par son bilan. Manuel Valls le bilan de François Hollande il en sort, il l’incarne ! Et ses adversaires dans la primaire vont l’y enfermer. Valls parie sur l’effacement de la mémoire immédiate de la gauche, c’est un pari incertain.

C’est le théorème de Fillon en quelque sorte: un Premier ministre sortant n’est pas qualifié pour la présidentielle qui suit, il y a un délai d’oubli ? Cinq ans incompressibles ?

C’est l’hypothèse de départ mais Manuel Valls n’est pas François Fillon. Creusons la comparaison jusqu’au bout : François Fillon, Premier ministre, s’est éclipsé cinq ans derrière Nicolas Sarkozy, il a joué le rôle du collaborateur. Il a joué l’effacement. Il n’était pas incontournable en 2012, pas le successeur naturel. Il a fallu cinq ans aux Français pour le découvrir. De ce point de vue Manuel Valls c’est exactement le contraire : il ne s’est jamais effacé dans l’ombre de François Hollande. Souvenez-vous le 13 juillet 2013, la veille du 14 juillet moment présidentiel,  une image de Manuel Valls qui dit tout : ministre de l’Intérieur , en Camargue, il marque au fer rouge un taureau et tient un grand discours sur la République. Il impose son tempérament, ses convictions aussi  en contre de celles du président, dans l’affaire Léonarda, sur la déchéance de nationalité, récemment sur le Burkini ou le financement de l’Islam de France. Manuel Valls à l’inverse de François Fillon s’est imposé au Président jusqu’à le dissuader d’être candidat à la présidentielle. Les Français ne le découvrent pas il s’est imposé à eux et à la gauche, c’est sa force.