Ce n'est plus une campagne mais une baston présidentielle !

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L'édito politique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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L’abaissement de la fonction présidentielle et la désacralisation de la parole des responsables politiques ont contribué à libérer la violence du débat et d’une partie de l’électorat.

La politique c’est le niveau de violence verbale mais pas seulement qu’on atteint dans cette campagne présidentielle. On pense à François Fillon qui dénonce le complot dont il serait victime, mais la gauche aussi est en train de basculer dans l’affrontement.

Ce n’est plus une campagne mais une baston présidentielle. Petit Ben, alias Benoît Hamon, a laissé tomber son futur désirable pour enfiler les gants de boxe. Pris en étau, il cogne sur sa droite "les vieux caciques du PS qui le poignardent dans le dos en allant chez Macron". Il cogne à gauche sur Jean-Luc Mélenchon qu’il dit fasciné par Vladimir Poutine. "Prends de la tisane" lui répondent les gros bras du candidat de la France insoumise. La violence gagne la gauche et progresse à droite, François Fillon balafré, enferré dans un combat plus qu’une campagne ne peut plus se déplacer sans jets d’œufs et concerts de casseroles, obligé de masquer son agenda et ses heures d’arrivées dans les gares pour éviter les comités d’accueil. Les meetings deviennent des rassemblements de petits soldats, la sémantique n’est pas celle d’une campagne électorale où l’on parle de projets, d’avenir et de rassemblement mais celle d’un combat de rues qui voit s’affronter des bandes de voyous.

La radicalité n’est plus la marque des extrêmes gauche ou droite, on était habitué aux coups de gueule de Mélenchon et aux diatribes de Marine Le Pen, aujourd’hui les autres les ont rejoints dans la mêlée.

C’est la dédiabolisation inversée. Marine le Pen n’est pas forcément plus apaisée, moins clivante, mais les autres candidats atteignent un tel niveau d’agressivité, de radicalité qu’elle apparaît une candidate comme les autres. Ça la banalise et ça risque de lui profiter électoralement.

La violence en politique ce n’est pas nouveau, mais pourtant on l’impression que 2017 c’est du jamais vu.

François Hollande et Nicolas Sarkozy ont leur part de responsabilité avec les deux quinquennats qu’on vient de vivre. De "casse-toi pauvre con" aux règlements de compte conjugaux du président Normal étalés sur la place publique, l’abaissement de la fonction présidentielle, la désacralisation de la parole des responsables politiques ont contribué à libérer la violence. Violence du débat, violence d’une partie de l’électorat. Deuxième facteur bien sur les affaires qui défraient la chronique, et rejaillissent sur l’ensemble de la classe politique. Tout cela donne un cocktail explosif, nauséabond et on se dit que 30 jours de campagne à tenir à ce régime là c’est encore très long.