Et si Cambridge Analytica avait volé le Remain pendant le référendum : attention au microciblage électoral devenu la norme dans les démocraties

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Le scandale Cambridge Analytica va-t-il mettre fin au micro-ciblage ?

Le principal lanceur d’alerte dans l’affaire du pillage des données personnelles de 50 millions d’abonnés à Facebook a témoigné hier devant le Parlement britannique. Il en appelle à changer les lois pour protéger la vie privée des électeurs. 

Vous l’avez peut-être vu à la télé, avec ces cheveux teints en rouge, en costumes-lunettes et piercing, Christopher Wylie est en train, par son témoignage, de dynamiter les pratiques de micro-ciblage à des fins politiques. Non seulement, il incrimine Facebook pour avoir laissé sa société Cambridge Analytica avoir accès à des dizaines de millions de comptes pour piller leurs données personnelles, mais il est de plus en plus loquace sur les nombreuses campagnes politiques qui en ont bénéficié. Pas seulement celle de Donald Trump et celle du camp du Brexit au Royaume Uni, mais bien d’autres en Afrique et en Asie, comme au Kenya ou en Inde. Et cela pose la question des lignes rouges que l’on doit tracer dans ce domaine pour éviter, comme le prétend Christopher Wylie, que les élections soient faussées par ce genre de méthode.

Quelles lignes rouges ?

Jusqu’à présent, les sociétés spécialisées dans le micro-ciblage, c’est-à-dire dans l’utilisation de données qui permettent d’envoyer des messages politiques individualisés par email, sms ou messagerie instantanée de réseau social, se servaient des données publiques : le recensement, les listes électorales, les résultats des derniers scrutins, les tendances de consommation par ville et par catégorie sociale. Au départ, l’idée était de former des communautés de militants ou de bénévoles pour permettre à une campagne de se mobiliser puis de lui donner des outils pour aller quasiment faire du porte-à-porte téléphonique, informatique ou physique. C’est ce qui a fait le succès de la campagne Obama en 2008 et 2012. Dans la foulée, tout le monde s’y est mis, en France par exemple, du mouvement en Marche d’Emmanuel Macron à la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Là où la ligne rouge est précise, c’est qu’il est illégal d’atteindre les comptes privés d’utilisateurs des réseaux sociaux.

Mais c’est pourtant ce qui se passe avec la publicité sur internet.

C’est exact mais uniquement à partir des moteurs de recherche que vous utilisez. Là, la campagne de Trump et du Brexit avait accès via Facebook à votre profil, vos goûts culturels ou vos like sur les messages. Et vous étiez aussitôt bombardés de publicités politiques individualisées. C’est cela qui est illégal et que ce scandale va devoir profondément encadrer. Sinon, très clairement, on l’a vu aussi avec l’ingérence russe qui se sert des mêmes outils robotisés, c’est la démocratie qui sera très clairement menacée.