Et si on arrêtait de dire "j'ai pas le temps" ?

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Jeudi, Anne Cazaubon nous invite à dire "je n'ai pas pris le temps" plutôt que "je n'ai pas eu le temps" pour enfin assumer et se montrer honnête envers soi-même et les autres.

Anne, aujourd’hui, vous avez les yeux rivés sur votre montre…

Oui, et j’ai même l’impression qu’on est un certain nombre à l’être, à courir après le temps, à être à "ça" de faire un procès aux journées qui ont le mauvais goût de ne faire que 24 heures et dans lesquelles nous sommes nombreux à jouer à Tétris pour tenter de faire entrer de manière harmonieuse, le pro, le perso, le familial, l’amoureux, le spirituel, le léger… Oui je suis certaine que vous aussi, vous essayez tant bien que mal de trouver une place pour chacune des parts de votre vie. Un peu comme un père de famille, seul, face au coffre de la voiture familiale, un jour de départ en vacances, tentant de trouver une place pour les bagages de chacun et pour tous ces petit cabas de rien du tout, rajoutés, les uns après les autres de manière subtile, au pied de la voiture.

Oui, regardons les choses en face, en terme de gestion du temps, nous avons tous le même hymne : "J'ai pas le temps !" Et combien de fois par jour est-ce qu’on répète cette phrase, souvent suivie d’une justification d’ailleurs, histoire de ne pas se laisser une seule chance : "J’ai pas eu le temps, parce que j’avais les enfants", "On n’a pas eu le temps de passer vous voir car on est sorti tard de table"… Il y aussi l’option : "Je n’ai malheureusement pas eu le temps." Oh pauvre petite chose. Ou, de manière plus subtile, il y aussi le : "As-tu pu lire le mail que je t’ai envoyé ?", "Non, je n’ai pas encore eu le temps." Sous-entendu : "Mais t’inquiète pas, j’y pense, c’est sur ma to-do list." Sauf que de l’autre côté, tous ces "j’ai pas eu le temps", peuvent être très mal pris par les autres en face. Ça peut être douloureux et certains peuvent imaginer que si nous n’avons pas eu le temps, c’est qu’ils ne comptent pas vraiment pour nous (du moins c’est ce que certains pourraient penser).

Comment est-ce que je peux arrêter de me laisser déborder par mon manque de temps ?

Vous savez ce que nous dit le développement personnel ? Que le changement passe souvent d’abord par le verbe, par la manière dont je m’exprime, dont je parle de ma réalité, dont je parle de moi, de ma vie. Et pour le sujet qui nous concerne aujourd’hui, ça commence d’abord par regarder par exemple, la différence qu’il y a entre "avoir le temps" et "prendre le temps" ! Vous sentez déjà la vibration différente qu’il y a dans ces deux formulations ? Quand je dis "je n’ai pas pris le temps", eh bien j’arrête de m’excuser, j’arrête de me justifier. Je rends mon tablier de victime ou la camisole de force que je me suis façonnée toute seule, celle qui m’empêche de bouger, qui me pousse à trouver des responsables de mon malheur ailleurs, en dehors, et surtout pas en moi. C’est la faute de l’autre, c’est la faute de l’électricien qui est en retard, du petit qui a été malade… Et surtout, surtout, quand je dis "je n’ai pas pris le temps de te rappeler" je reprends toute ma puissance et l’impact que je peux avoir sur ma vie. J’assume enfin les faits. J’assume que si je n’ai pas pris le temps de jardiner, de débroussailler, de planter, en effet, quelques mois plus tard, ce jardin n’est pas comme je l’aurais espéré. Dont acte !

Oui, dire "je n’ai pas pris le temps de…", c’est aussi se montrer honnête envers soi-même (et donc envers les autres). Parce que la plupart du temps, il y a souvent de bonnes raisons pour lesquelles nous n’avons pas lu ce livre, regardé cette émission, rappelé un tel, pris des nouvelles d’un grand-père… Est-ce que j’avais des activités bien plus importantes à faire ? Est-ce que j’en avais vraiment envie ? Est-ce que j’ai perdu mon temps sur les réseaux sociaux ? Est-ce que j’ai procrastiné ? Oui, quand je commence à apprendre à dire "je n’ai pas pris le temps", "ce n’est pas ma priorité", je me mets en route vers l’étape suivante : celle d’apprendre à dire non, pour éviter de décevoir les autres mais surtout, de me décevoir moi-même.