Armée : pourquoi un tel engouement chez les jeunes ?

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SAISON 2015 - 2016, modifié à

Cette semaine, l'oeil d'Hervé Chabalier est kaki. En effet, il a tenté de comprendre le récent engouement d'une partie de la jeunesse Française pour ... l'Armée.

H.C : C'est un vrai marqueur de notre société, l'armée est désormais valorisante et attractive. Les jeunes, hommes et femmes, font désormais la queue devant les centres de recrutement et les casernes. Cette année, les candidatures pour intégrer l'armée de Terre ont progressé de 42%, ce qui est énorme.

W.B : Est-ce une des conséquences des attentats de Paris ?

H.C : En partie. D'abord, l'armée ne trimbale plus cette mauvaise réputation d'institution fermée, inutilement autoritaire, surannée, et repoussante. Nous en avions déjà un peu parlé à propos de l'installation de la Légion au Larzac, qui n'a pas fait sortir les fourches aux agriculteurs du coin, et pourtant. L'image de la Grande Muette qui le fût fort peu en d'autres temps, a incroyablement changé. Elle a su s'adapter et se mettre en phase avec la société Française. Depuis la Guerre d'Indochine et l'Algérie, les treillis sont devenus moins rêches.

W.B : Cela dit ce n'est pas la récréation, l'armée c'est quand même l'armée ?

H.C : Oui, mais c'est de devenu un outil de promotion sociale des jeunes. Il y a aujourd'hui ceux qui s'engagent par patriotisme, et puis aussi tous ces jeunes paumés qui ont compris que l'Armée, débarrassée de sa mauvaise image, pouvait être une bouée de sauvetage, une seconde chance pour trouver un statut, apprendre un métier. J'ai lu des témoignages étonnants, pour quelqu'un comme moi qui n'a cessé dans jeunesse de fuir le service militaire. Ainsi, l'adjudant Wendy, un homonyme, affirme dans le Figaro "Ils sont capables du meilleur,pour peu qu'on s'occupe d'eux, plutôt que leur répéter qu'ils ne feront jamais rien de leur vie". Jusqu'ici, c'était plutôt des propos d'assistante sociale que de béret rouge.

W.B : Mais cette évolution, à quoi vous l'attribuez ?

H.C : C'est une longue histoire, mais elle est très instructive. Après la guerre d'Algérie, l'armée se tournait un peu les pouces, on allait les clés du champ de tir, les étudiant ne voyaient dans le service militaire qu'une seule opportunité : celle de passer son permis gratis. Ils cherchaient tous à y échapper, avec la complicité de prof qui les inscrivant dans des cours bidons pour prolonger leur sursis ou de psy qui leur apprenaient à mimer des crises d'épilepsie pour tromper des médecins militaires. La fin de service militaire obligatoire se profilait déjà, l'armée n'avait plus besoin de contestataires, de traînes-savates, et voulait faire des économies. En 1997, Jacques Chirac a mis fin à la conscription et cela a tout changé.

W.B : Vous diriez que cet aspect volontaire a permis de meilleurs rapports entre les civils et les militaires ?

H.C : Oui, même si je me dis maintenant que le service obligatoire permettait une mixité sociale qui nous fait bien défaut aujourd'hui. Bref, ce qui me plait aussi bien chez ces nouvelles recrues que chez les réservistes qui aident les militaires de manière ponctuelle, c'est qu'ils se rendent utiles, et servent le pays et les citoyens. Vous savez, Wendy, je n'ai pas de certitude mais j'ai une opinion : tout engagement au service des autres est porteur d'espoir.