Virgin : l'homme qui veut mettre "le souk"

  • A
  • A
Virgin : l'homme qui veut mettre "le souk"
Le PDG du label indépendant Naïve, Patrick Zelnik, candidat à la reprise de Virgin Megastore, a affirmé mardi que l'aide de l'Etat était nécessaire, notamment pour sauver le magasin des Champs-Elysées, afin de lui redonner "une vraie vocation de spécialiste".@ Christophe Morin/MaxPPP
Partagez sur :

PORTRAIT - Patrick Zelnik veut reprendre l’enseigne, dont il est le cofondateur. Il demande l’aide de l’État.

L’INFO. Il entend révolutionner, et du même coup, sauver de la faillite, Virgin Mégastore. Le PDG du label de musique indépendant Naïve, Patrick Zelnik, veut déposer "d’ici quelques semaines" une offre de reprise pour le réseau de distribution de biens culturels, en redressement judiciaire. Le producteur ne souhaite rien de moins que "redonner à l’entreprise une offre séduisante". Et le terme "redonner" n’est pas choisi par hasard. Car Patrick Zelnik n’est autre que l’ancien président de Virgin Mégastore, ainsi que le cofondateur du magasin des Champs-Elysée, le premier du réseau en France, qu’il ouvre en 1988 avec l’entrepreneur Richard Branson. Le hic ? Il n’arrivera pas seul à ses fins. Patrick Zelnik a en effet affirmé mardi, sur France Inter, que l’aide de l’État était nécessaire à son projet.

>> À lire : qu'est-ce qui ne va pas chez Virgin ?

>>> Qui est cet homme qui en appelle à l’argent public pour sauver l’enseigne et ses 1.000 salariés ? Que veut-il faire de Virgin Mégastore ? Eléments de réponse.

Virgin livres

© Reuters

• Un projet de "souk culturel".  Le PDG de Naïve veut redonner une "vraie vocation de spécialiste" à l’enseigne. Son idée : faire de Virgin un "souk culturel". "Il faut un lieu où les consommateurs aient envie de se promener et d’acheter. Il faut mêler les marques et les produits, les contenants et les contenus. Avec des livres, des salles de cinémas, des restaurants, des boutiques exploitées par des marques et par les grands noms d’Internet mais aussi des CD et des DVD", détaillait-il le 22 janvier dernier, dans une interview à Challenge. Le producteur musical rêve ainsi d’un lieu à mi-chemin entre un centre commercial et un disquaire, entre une salle de spectacle et un grand magasin.

• Son offre est-elle prête ? Patrick Zelnik le reconnaît : il ne garantit pas de sauver les 26 magasins de l’enseigne, dont certains pourraient bien être en trop grande difficulté. Par ailleurs, le flou règne autour du détail de son offre éventuelle. Le PDG de Naïve n’a, en effet, pas encore de donné le nom de ses partenaires. "Nous aurons des partenaires quand le concept sera bien défini", a-t-il précisé mardi. De plus, le producteur assure qu’il n’y arrivera pas sans l’Etat, et souhaite obtenir l'appui du Fonds stratégique d'investissement (FSI). Dans Les Echos du 18 janvier, il explique également qu’il compte sur la mairie de Paris pour convaincre le fonds qatari propriétaire du 52/60 avenue des Champs-Elysées de concéder un loyer moins prohibitif.

>> A Lire aussi : Virgin, Fnac, etc. les raisons d'une crise

"Cette façon de manipuler les goûts, on l'a inventé"

• Le projet est-il crédible ? Comment croire que Patrick Zelnik parviendra à faire ce qu’il na pas réussi à mettre en place lui-même, lorsqu’il était président de Virgin Megastore, de 1988 à 1997 ? Le producteur l’avouait d’ailleurs à Libération, en 1999 : s’il est parti de Virgin à l’époque, c’est parce qu’il ne pouvait précisément pas mettre en place son projet de "souk culturel". "Chez Virgin, j'avais le sentiment d'avoir fait une croix sur mes passions adolescentes. La machine était devenue trop grosse : des disques qui se suivent et se ressemblent, des réunions marketing façon Tupperware…", regrettait-il dans les colonnes du quotidien. Et de reconnaître : "tout le système, cette façon de manipuler les goûts du public, on l'a inventé".

Virgin Bandeau

© Reuters

Mais aujourd’hui, la donne a changé estime-t-il. D’une part, s’il parvient à racheter l’enseigne, le propriétaire, ce sera lui, et non le géant des affaires de l’époque : Richard Branson. De plus, internet est passé par là depuis, ce qui oblige les distributeurs physiques à  creuser leur particularité pour continuer à vendre leurs produits. Pour Vincent Chabault, sociologue et auteur de "La Fnac entre commerce et culture", cité par La Tribune, le projet de Zelnik peut marcher s’il met en avant en avant "tout ce qui peut différencier un magasin d'un site Internet". "En proposant des conseils éclairés, de nature à encadrer le choix du consommateur, mais aussi un encadrement pédagogique pour s'approprier les outils numériques, les distributeurs apporteraient une véritable valeur ajoutée", estime ainsi le chercheur.
Patrick Zelnik Benjamin Biolay Virgin Naïve

© MAXPPP

• Quel homme d’affaire  est Patrick Zelnik ? Le succès de la carrière du PDG de Naïve s’est fait dans les années 80-90, lorsqu’il était à Virgin. Depuis qu’il a fondé son label musical indépendant, en 1997, il n’a jamais vraiment réussi à trouver son rythme de croisière. Le label Naïve, qui a notamment produit Carla Bruni où encore Benjamin Biolay, n’a jamais engrangé de profit depuis sa création… sauf en 2002, année de sortie de l’album phare de l’ex-première dame de France : "Quelqu’un m’a dit". Depuis, il survit grâce aux subventions de l’Etat, via la Caisse des dépôts et consignations. Celle-ci détiendrait en effet 15% du capital de la société et l’aurait renflouée, rien qu’en 2009, de deux millions d’euros, selon des informations du Canard enchaîné ou encore de Rue 89. Patrick Zelnik, qui ne cache pas les difficultés du label, assure toutefois que l’ensemble du groupe est prospère. "Nous gagnons de l’argent, grâce à une diversification judicieuse dans l’édition, dans le spectacle avec la Gaité Lyrique et la salle Gaveau, et grâce à un catalogue ouvert aux DVD, au classique et aux disques pour enfants", a-t-il avancé à Challenges en janvier dernier. Il va maintenant falloir convaincre l’Etat de l’aider encore un peu plus, afin de sauver Virgin Megastore.