Vinci accusé de sous-traitance déloyale sur un chantier à La Défense

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Vinci accusé de sous-traitance déloyale sur un chantier à La Défense
@ THOMAS SAMSON / AFP
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COUP DE GUEULE - Le choix de Vinci de recourir à une entreprise turque pour un chantier géant scandalise la profession.

Déjà dans l’œil du cyclone à cause d’un piratage de son service de communication, le groupe Vinci voit s’ouvrir un deuxième front : une polémique sur le sous-traitant qu’il a choisi dans le cadre d’un chantier géant à La Défense. Le groupe français a en effet choisi de confier la construction de la façade de cet immeuble à une entreprise turque dont les prix sont jugés "anormalement bas" par les façadiers hexagonaux.

Un chantier aussi imposant que symbolique. L’origine de la colère se trouve dans le quartier parisien des affaires, La Défense. Le géant du BTP Vinci a été choisi par Saint-Gobain pour construire son futur siège social, un immeuble de 39 étages, dont la livraison est prévue pour le troisième trimestre 2019. Il y a donc des milliers d’heures de travail pour ériger cette tour et ses 25.000 m2 de vitres. Cette façade en verre est très symbolique puisque Saint-Gobain est une société historiquement spécialisée dans le verre sauf que, pour l’ériger, le constructeur a décidé de faire appel à une société turque baptisée Metal Yapi.

Les façadiers crient à la concurrence déloyale. Dans un secteur de la construction qui commence à peine à se relever de la crise, la nouvelle n’a pas tardé à susciter la désapprobation. "Les façadiers français évincés de la tour Saint-Gobain crient leur colère", affirme dans un communiqué mardi l'organisation professionnelle SNFA, qui représente quelque 185 entreprises qui conçoivent, fabriquent et installent des menuiseries aluminium.

Aujourd'hui Metal Yapi "ne dispose en France que d'un établissement de moins de 5 personnes qui n'est même pas affilié à la convention collective du bâtiment", affirme l'organisation. Et cette dernière de poursuivre que "la totalité des composants des façades ainsi que la main d'oeuvre de fabrication et d'installation seront donc intégralement de provenance ‘hors Europe’".

"Les raisons de ce choix: à nouveau des prix anormalement bas !", pointe du doigt l'organisation, dénonçant "un nouveau coup dur pour les entreprises françaises, une fois de plus privées d'un important marché". "Pour nous, il est impossible de travailler, en respectant toutes les règles, dans les conditions financières imposées par les entreprises générales", de grands groupes de BTP et leurs filiales, a déclaré à l'AFP Jean-Luc Marchand, délégué général du SNFA, avant de conclure : "nos façadiers vont mourir".

Une sous-traitance accusée de mal travailler. Vinci ayant légalement le droit de faire appel à une société étrangère, et même extra-européenne, les façadiers français ont décidé d’attaquer également sous un autre angle : la qualité des prestations. Metal Yapi, "sous-traitant de Bouygues pour les façades de l'immeuble Le Monde, a déjà défrayé la chronique en 2004", souligne ainsi le SNFA.

Ce chantier avait donné lieu à "des conditions déplorables de travail et d'hébergement de ses salariés, qui ont fait polémique" dit l'organisation, qui y voit la conséquence d'"invraisemblables écarts de prix avec les entreprises françaises". Pour le SNFA, ces cas de sous-traitance étrangère aux conséquences "désastreuses" sont "loin d'être isolés et deviennent même une pratique courante". Ainsi la façade de la tour Carpe diem, confiée à la société chinoise Yuanda et elle aussi située à La Défense, a-t-elle souffert de "fuites importantes" qui ont nécessité un colmatage pendant plusieurs mois, rapporte Jean-Luc Marchand. Quant à la façade de la tour D2, elle a été confiée au sous-traitant Kyotec qui lui-même, "sous-traitait toute sa fabrication en Turquie" et a déposé le bilan avant la fin du chantier.

Un dossier qui pourrait devenir politique. A quelques mois de l’élection présidentielle, le dossier pourrait bien prendre une tournure politique. Invité sur Europe 1 mercredi matin, Florian Philippot a ainsi conclu son interview par un message d’indignation. "C’est inadmissible, les façadiers français sont vent debout. Comment fait-on sans protectionnisme et sans patriotisme économique face à cette concurrence déloyale ?", a-t-il souligné. 


Les façadiers français en colère : Philippot...par Europe1fr