Un "redresseur productif" sur le terrain

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Un "redresseur productif" sur le terrain
Si Arnaud Montebourg chapote et incarne le redressement productif, ce sont 22 commissaires déployés en région qui s'occupent concrètement des problèmes des entreprises, à l'image de Jean-Yves Larraufie.@ MAXPPP
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REPORTAGE - Rencontre avec Jean-Yves Larraufie, "redresseur productif" parti au front en Aquitaine.

A chaque annonce de plan social, ce sont eux qui se rendent sur place pour mettre les mains dans le cambouis, faire le point et tenter de trouver une solution. Eux, ce sont les 22 commissaires au redressement productif, bras armés du ministère du même nom dirigé par Arnaud Montebourg. Mais en quoi consiste exactement leur travail ? Europe 1 s’est rendu à Bordeaux pour rencontrer Jean-Yves Larraufie, le commissaire en charge de la région Aquitaine.

"Anticiper, renforcer la réactivité de l'Etat"

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© PRESSE MINES

"Il n'y a pas de fatalité", martèle Jean-Yves Larraufie. "On travaille à la recherche de solutions avant que ces dossiers arrivent devant le tribunal de commerce car des solutions existent", expose en guise d'introduction ce jeune polytechnicien de 29 ans, coupe BCBG et rasé de près, anciennement directeur régional adjoint de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte).

Jean-Yves Larraufie se présente comme "le point d'entrée pour toutes les entreprises de moins de 400 salariés qui rencontrent des difficultés". "L'idée consiste à anticiper pour voir, le plus tôt possible, et avec les partenaires concernés, quels sont le calendrier et les mécanismes à mettre en place. Il s'agit de renforcer la réactivité de l'Etat", détaille-t-il dans un entretien accordé à La République des Pyrénées.

Débloquer des situations, faciliter le dialogue

 Fin août, le commissaire a dénombré en Aquitaine 90 sociétés en difficultés, employant au total près de 10.000 salariés. "Des entreprises de la filière transports, comme Novatrans, sont en grande difficulté. Il y a aussi les sous-traitants de Sernam, un donneur d'ordres national, qui est liquidé, ou encore la filière bois et le secteur photovoltaïque", égraine-t-il dans un entretien à Sud Ouest. "Ils demandent des rendez-vous, je m'engage à leur donner une réponse dans les 24 heures", résume le commissaire au redressement.

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© MAXPPP

 Ainsi, fin juillet, Jean-Yves Larraufie s’est rendu au chevet de l’entreprise Bruges, 50 salariés et spécialisée dans les réseaux communications sans fil. Il y a rencontré la direction et les représentants des salariés pour mettre fin à une situation de blocage, ces derniers contestant le plan de sauvegarde de l’emploi. Le "redresseur productif" a donc demandé à la direction de revoir sa feuille de route et a chargé un commissaire aux comptes de revoir la comptabilité de l’entreprise.

"On a permis à des entreprises de passer l’été"

Invité par Europe 1 à dresser un premier bilan, Jean-Yves Larraufie revendique "quelques belles histoires. On a permis à des entreprises de passer l’été, on a assuré aussi des paiements de salaires fin août parce que les salariés ont des familles, il y a une rentrée des classes, il y a des dépenses à faire". "Les impôts et les Urssaf acceptent de jouer le jeu et, éventuellement, des remises ou des moratoires", ajoute-t-il.

Homme multitâches, le commissaire s’intéresse autant aux entreprises qu’aux salariés individuellement. "Il y a un salarié à qui on a remis le gaz, un repreneur qui s’est manifesté et a permis de reprendre dix emplois, un moratoire qu’on a obtenu sur des dettes fiscales qui a permis çà une entreprise de passer les trois mois. Maintenant cette entreprise va être rachetée avec un engagement de maintenir l’emploi", détaille-t-il.

La crainte d’être contacté trop tard

Alors que les plans sociaux dévoilés au lendemain de l’élection présidentielle vont commencer à devenir effectif, comment envisage-t-il les prochains mois ? "Là, en septembre, il y a un nouveau souffle", positive-t-il, mais le temps presse et les entrepreneurs n’en sont pas toujours conscients.

"Le pire regret qu’on peut avoir, c’est de se dire : ‘cette entreprise, j’aurais pû la sauver il y a deux mois’", confie-t-il, "parce qu’il y a deux mois, on intervenait, on pouvait faire quelque chose. Aujourd’hui, le chef d’entreprise, des fois je le reçois et je lui dis : ‘on va essayer de tout faire mais honnêtement, les deux mois vont peser lourd dans la balance’".