Ulcos : "Mittal et le gouvernement mentent"

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Ulcos : "Mittal et le gouvernement mentent"
Le groupe ArcelorMittal a retiré le projet projet Ulcos, "à cause de difficultés techniques".@ MAXPPP
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Le projet Ulcos, censé relancer le site, est écarté pour cette année, "à cause de difficultés techniques".

L'info. Peut-on encore vraiment parler d'accord sur Florange, entre ArcelorMittal et le gouvernement ? Le géant indien a retiré le projet Ulcos de Florange, "à cause de difficultés techniques", a en tout cas annoncé jeudi la Commission européenne. Pourtant, "la Commission a toujours été prête à considérer un cofinancement de ce projet", a tenu à faire savoir Isaac Valero, le porte-parole de la Commissaire en charge du Climat. 

Le contexte. Le projet Ulcos, qui visait à transformer l'usine en site écologique capable de capter le CO2 pour le recycler et le réutiliser, était censé donner un horizon et un avenir à Florange, selon le gouvernement. "Il y aura maintien en état de fonctionner et de se développer des hauts fourneaux de Florange dans l'attente du projet Ulcos", avait déclaré vendredi Jean-Marc Ayrault, citant les "engagements" du sidérurgiste. Le Premier ministre a même annoncé que l’État était prêt à investir lui-même 150 millions pour développer ce projet Ulcos. L'Union européenne devait, quant à elle, décider courant décembre si elle accordait une subvention de 250 millions au projet.

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Des craintes confirmées. L'annonce confirme ainsi les craintes des syndicats et de plusieurs experts, selon qui le groupe n'était pas déterminé à développer ce projet, pour lequel il aurait dû débourser au moins 150 millions d'euros d'investissement. "Les engagements financiers a minima consentis au gouvernement semblent indiquer que le géant indien n'y croit pas lui-même", avançait en début de semaine Pascal Gateaud, rédacteur en chef délégué de la revue spécialisée Usine nouvelle. "Faire croire qu'Ulcos va sauver les hauts-fourneaux lorrains, c'est de la tromperie", avait également taclé lundi Guy Dollé, l'ancien patron d'Arcelor.

Mittal trahit-il vraiment ses promesses? Les premières déclarations du sidérurgiste laissaient déjà place au doute quant à ses engagements. Selon le Figaro de lundi, le communiqué d'Arcelor Mittal, relatant l'accord avec le gouvernement, ne fait même pas mention du projet. Le groupe s'engageait simplement "à étudier le dossier", assurait le quotidien. Toutefois, contacté par Europe1.fr, le groupe se disait encore très motivé en début de semaine. "Nous avons été leader du consortium", avait insisté lundi une source proche de la direction.

"Mais cela n'est pas dans nos mains, nuançait-elle toutefois. Nous attendons la décision de la Commission européenne. De plus, les hauts fourneaux devront être modernisés et cela nécessite des fonds, mais aussi des connaissances. Car cela nécessite toute une phase de recherche pour trouver les bonnes technologies. C'est sûr, tout ne se fera pas en dix jours."

Le projet repoussé à l'année prochaine? "Ulcos pourrait concourir au prochain appel d'offres qui sera lancé l'an prochain", a précisé la Commission européenne. D'après Matignon, ArcelorMittal "s'est engagé à poursuivre les travaux" d'Ulcos. "La première conception" du projet Ulcos "rencontre de réelles difficultés technologiques, mais nous avons obtenu d'ArcelorMittal qu'il ne soit pas abandonné", ont ajouté les services du Premier ministre. ArcelorMittal assure également, de son côté, que le projet "n'est pas abandonné". "Le retrait du dossier Ulcos à Bruxelles ne signifie pas l'abandon", assure le groupe.

Des syndicats à bout de nerf.  "Le sidérurgiste a menti et le gouvernement donne quitus à Mittal, c'est ça qui est grave", a réagi au micro d'Europe1 Yves Fabbri, délégué CGT de Florange. "Il y a des salariés, des ingénieurs et cadres qui ont travaillé pendant 6 à 8 ans sur un projet qui est arrivé à terme", avance le syndiqué, qui a du mal à avaler la pilule de cette annonce. "La CGT dit que le gouvernement et Mittal mentent. On peut produire de l'acier dans un cadre environnemental aujourd'hui. Nous le savons depuis des mois et des mois. Nous sommes en colère, nous avons la rage au ventre devant une telle casse", s'exclame-t-il.

"Le retrait du projet Ulcos montre que le groupe industriel a enfumé tout le monde", s'est également emporté jeudi le leader syndical Edouard Martin (CFDT). "Cette annonce signe l'arrêt de mort de la filière liquide", dont font partie les hauts fourneaux lorrains, a-t-il ajouté.