Temps de travail : comment font nos voisins européens ?

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Temps de travail : comment font nos voisins européens ?
Dans son programme, François Fillon promet de supprimer les 35 heures.@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
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François Fillon veut supprimer les 35 heures au profit d'une durée du travail négociée entreprise par entreprise. Comment font les autres pays en Europe ? Tous n'ont pas de durée légale du travail.

C’est l’un de ses chevaux de bataille. François Fillon, le candidat de la droite à la présidentielle, propose de mettre fin à la durée légale de 35 heures, en France, en laissant aux entreprises la liberté de déterminer elles-mêmes leur durée du travail hebdomadaire. Dès lors, la durée maximale serait de 48 heures par semaine, telle que l’a fixé Bruxelles en 2003.

Quelle est la durée légale et la durée maximale ?

Par comparaison, en Italie, la durée légale du travail, au-delà de laquelle sont déclenchées les heures supplémentaires, est de 40 heures par semaine, avec une durée maximale (heures supplémentaires comprises) de 48 heures hebdomadaires. En Allemagne et en Finlande, il n'existe pas de durée fixée par la loi : elle est déterminée par les branches, dans certaines limites. Ainsi, la durée du travail ne peut dépasser 8 heures par jour et 40 heures par semaine en Finlande, et 8 heures par jour sur 6 jours, soit 48 heures par semaine en Allemagne, moyennant certaines exceptions et certains aménagements possibles.

Au Royaume-Uni, la loi fixe uniquement la durée maximale hebdomadaire, soit 48 heures. Elle peut être dépassée si le salarié le souhaite ou que l'employeur le demande (mais le salarié peut refuser). La durée hebdomadaire ne peut en revanche pas dépasser 40 heures pour les moins de 18 ans.

Dans les faits, quelle est la durée moyenne du travail ?

Mercredi sur LCI, le nouveau patron des Républicains, Bernard Accoyer, a défendu le projet de François Fillon, reprenant allègrement l'argument selon lequel les Français travaillent moins que leurs voisins. Si l'on prend pour référence le nombre d'heures travaillées par semaine des salariés à temps plein, la France est effectivement en queue de peloton avec 37,4 heures en moyenne au deuxième trimestre 2016, selon les statistiques de l'Institut européen Eurostat. La Finlande est à 37,9 heures, l'Italie 38,3, l'Allemagne 40,1 et le Royaume-Uni 41,1 heures.

Si l'on observe la durée annuelle, en 2015, là encore, la France arrive bonne dernière des 28 pays de l'UE pour les salariés à temps plein avec 1.646 heures. Le pays le plus proche, la Finlande, compte 1.662 heures annuelles. La durée annuelle atteint 1.776 heures en Italie, 1.845 en Allemagne et 1.874 au Royaume-Uni. Le tableau est cependant différent si l'on observe la durée annuelle moyenne des travailleurs à temps partiel, qui représentent 19% des travailleurs français : à 981 heures, la France est ainsi au-dessus de la moyenne observée en Finlande (845), au Royaume-Uni (873) et en Allemagne (889), tandis que l'Italie est à 1.017 heures.

Car les choses sont loin d’être si simples. Ces chiffres ne portent en effet que sur le travail salarié. Les travailleurs non-salariés (plus d'un emploi sur dix en France) accomplissaient 51,3 heures par semaine en 2014, d’après l’Insee. Soit l’un des taux les plus élevés d’Europe. À titre de comparaison, la France devance largement l’Italie (45,5), le Royaume-Uni (46,1), la Finlande (47,1), et l’Allemagne (49,3).

Y a-t-il un débat sur la durée du travail ?

Il n’y a pas qu’en France que la durée du travail alimente les débats. En Allemagne, en 2004, le chancelier Gerhard Schröder, à qui François Fillon se compare gaiement - et les syndicats se sont opposés sur la prolongation de la durée hebdomadaire à 42 heures pour les fonctionnaires. Cette question avait fait naître un débat plus large sur l'allongement de la durée du travail. En Finlande, le débat est plus récent : le gouvernement pro-austérité du centriste Juha Sipilä, arrivé au pouvoir en mai 2015, a fait signer en juin un "pacte de compétitivité" qui, à partir de 2017, fera travailler 87% des salariés finlandais 24 heures de plus par an sans compensation financière. La contestation a été faible, les Finlandais se montrant résignés, après trois ans de récession entre 2012 et 2014, à l'idée de travailler plus pour gagner autant.