Prix du tabac : "Il faut que les hausses soient douloureuses pour qu’il y ait un impact"

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Prix du tabac : "Il faut que les hausses soient douloureuses pour qu’il y ait un impact"
Les fumeurs voient les paquets de cigarettes augmenter de 10 à 50 centimes dès lundi.@ LOIC VENANCE / AFP
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Lundi, le prix du paquet de cigarettes a augmenté de 10 à 50 centimes selon les marques. Un premier signe positif, selon Pierre-Alexandre Kopp, professeur à Panthéon-Sorbonne et avocat du Comité National de Lutte contre le Tabagisme.

INTERVIEW

Ce n’est que la première d’une longue série. Lundi, la hausse du prix du paquet de 20 cigarettes a été de 10 à 50 centimes, certaines marques décidant de le répercuter plus ou moins directement sur les consommateurs. Pour Pierre-Alexandre Kopp, professeur à Panthéon-Sorbonne et avocat du Comité National de Lutte contre le Tabagisme (CNCT), cette augmentation va dans le bon sens car les fumeurs s’attendent à d’autres hausses, prévues régulièrement jusqu’en 2020 pour atteindre un paquet à 10 euros.

Les hausses du prix du tabac prévues jusqu’en 2020 vont-elles faire baisser la consommation du tabac en France ?

Oui, car il s’agit de plusieurs hausses substantielles et il faut que les hausses deviennent douloureuses pour qu’elles aient un impact. On constate deux effets avec ces hausses : elles dissuadent l'entrée des jeunes dans le tabagisme et ça pousse les adultes à diminuer la consommation et à sortir du tabagisme. Dans le passé, les augmentations étaient soit inexistantes soit trop faibles.

Une très forte augmentation d’un coup aurait-elle été encore plus efficace, selon vous ?

Pas forcément, car l’avantage de plusieurs hausses importantes est que les consommateurs savent que ça va durer (la dernière augmentation prévue est de 40 centimes en novembre 2020, NDLR). Si on fait une grosse augmentation, les gens vont se dire qu’après, il n’y aura plus de hausse.

Les pauvres sont les premiers bénéficiaires de cette hausse

Certains avancent l’argument selon lequel la contrebande et les ventes transfrontalières vont se développer avec ces hausses…

La contrebande concerne seulement 5% du total des ventes. Et contrairement à un bien de luxe, les cigarettes de contrebande ne sont en tout cas pas des fausses. Il faut en revanche un véritable traçage des paquets de cigarettes, qui ne serait plus mis en oeuvre par les fabricants, mais par un organisme indépendant. Quant aux ventes transfrontalières ne faut pas être liberticide, les consommateurs ont le droit de faire du commerce dans l’Union européenne. Et elles ne représentent que 15% du total des ventes. Le reste du chiffre d’affaires (80%) est réalisé par les buralistes.

Les fumeurs modestes ne vont-ils pas être les premiers touchés par cette hausse ?

Oui, c’est vrai qu’ils sont victimes, mais ils sont aussi les premiers bénéficiaires, car ils sont sensibles au prix. Ils vont par conséquent s’ajuster en diminuant ou en arrêtant leur consommation, donc préserver leur santé. Avec ces hausses, les pauvres ne sont donc pas sanctionnés mais incités à changer de comportement. Rappelons que la cigarette n’est pas un hobby, mais une maladie.