Privé de bateaux, lâché par Eurotunnel : MyFerryLink en danger

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Privé de bateaux, lâché par Eurotunnel : MyFerryLink en danger
@ MyFerryLink.fr/DR
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TRANSPORT - La société coopérative montée par les anciens de SeaFrance se trouve privée de bateaux et va devoir trouver un nouveau partenaire ou un repreneur. 600 emplois sont en jeu.

Avis de tempête sur le secteur des ferries en France : après la SNCM, qui cherche désespérément un repreneur, c'est au tour de MyFerryLink de se retrouver sur la sellette. Son partenaire Eurotunnel, qui lui loue les bateaux permettant d'effectuer la liaison Calais-Douvre, a en effet décidé de quitter l'aventure sous la pression de la justice britannique. Faute de repreneur ou d'un nouveau partenariat, MyFerryLink risque de ne pas survivre.

MyFerryLink, une aventure impossible sans Eurotunnel. Pour comprendre pourquoi la survie de la compagnie de transport maritime MyFerryLink dépend d'Eurotunnel, il faut remonter à l'été 2012. Placée en liquidation judiciaire, la société SeaFrance, l'ancêtre de MyFerryLink, est rachetée par Eurotunnel. Ce dernier devient propriétaire des bateaux de SeaFrance mais n'étant pas un spécialiste du transport maritime, il confie la gestion de ces bateaux et des liaisons entre la France et le Royaume-Uni à une société coopérative et participative (Scop) créée par des anciens de SeaFrance.

Eurotunnel forcé de jeter l'éponge. Côté français, cet attelage a été applaudi, permettant à la fois de sauver des emplois décisifs pour la région de Calais tout en faisant la démonstration que des anciens employés peuvent relancer leur société sous la forme d'une coopérative. Un enthousiasme pas du tout partagé de l'autre côté de la Manche : pour le Royaume-Uni, Eurotunnel a alors acquis une situation de quasi-monopole sur les liaisons transmanche et peut fixer les tarifs qu'il souhaite. Eurotunnel est donc poursuivi depuis 2013 par l'Autorité de la concurrence et des marchés (CMA) britannique.

Une bataille juridique qui dure depuis presque deux ans et a convaincu Eurotunnel de lâcher prise pour ne pas mettre en danger son activité principale, l'exploitation du tunnel sous la Manche. Eurotunnel a donc annoncé jeudi qu'il ne renouvellera pas le contrat avec la Scop de la compagnie maritime MyFerryLink qui arrive à échéance le 2 juillet. "C'est confirmé, nous ne renouvelons pas le contrat avec la Scop qui courait jusqu'au 2 juillet, nous avons envoyé le courrier officiel hier (mercredi)", a indiqué un porte-parole du groupe. "Pour une société privée avec des actionnaires privés, nous ne pouvons travailler dans cette incertitude", a-t-il ajouté, qualifiant toutefois MyFerryLink de "grande réussite" commerciale.

MyFerryLink, le véritable perdant. Mais le premier impacté par cette décision est avant tout MyFerryLink. Fondée par les anciens salariés de SeaFrance et donc doté d'un capital limité, la Scop loue ses anciens navires à Eurotunnel. L'abandon de ce dernier la prive donc de son outil de travail. Et l'oblige à trouver un nouveau partenaire prêt à conclure le même type de contrat, voire à chercher un repreneur.

Plusieurs pistes ont déjà été évoquées. Mi-mars, La Voix du Nord a notamment cité les noms de trois repreneurs potentiels : l'Allemand Deutsche Bahn, la Sanef et Transdev. Une autre solution a été avancée par plusieurs élus locaux : que la région prête l'argent nécessaire pour que la Scop puisse racheter des bateaux, un scenario qui ne fait l'unanimité dans un contexte de restrictions budgétaires tous azimuts.

Une société déjà fragile. Pour ne rien arranger, MyFerryLink et ses 577 salariés sont empêtrés dans des conflits internes. Les deux directeurs de l'entreprise ont été révoqués pour avoir placé la société en procédure de sauvegarde, poussés vers la sortie par l'ancien syndicaliste Didier Capelle. Ce dernier, président du conseil de surveillance, est lui-même contesté par les commandants sociétaires de la Scop, qui réclament le retour des deux directeurs.