Pourquoi la santé des banques inquiète ?

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Pourquoi la santé des banques inquiète ?
Les banques sont depuis début septembre particulièrement concernées par la crise grecque.@ REUTERS
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DECRYPTAGE - La dette grecque malmène des établissements déjà affaiblis par la crise.

Nouveau lundi noir pour les banques sur les marchés boursiers : dès l’ouverture, le CAC 40 a dégringolé de 4,27%, tiré à la baisse par les valeurs bancaires. En quelques minutes BNP Paribas a perdu 11,31%, Crédit Agricole 10,35% et la Société Générale 9,46%.

Pourtant, les Etats se démènent : plan d’aide européen, réunion des ministres des Finances du G7, plan de relance américain et assurances du gouvernement grec. Mais rien n'y fait, les banques restent dans le rouge. Europe1.fr vous explique pourquoi leur santé continue d’inquiéter.

Pourquoi les banques sont-elles malmenées ? Comme tout le monde, elles souffrent de la conjoncture économique et les indicateurs ne sont pas bons : la croissance stagne en Europe, les plans de rigueur se multiplient, le chômage remonte dans toute l’Europe et les Etats-Unis ne sont plus épargnés par ces maux.

Mais les banques européennes, et notamment françaises, souffrent aussi d’un autre mal : la sous-capitalisation, une menace qu’a soulignée le FMI. En clair, les fonds dont elles disposent sont jugés insuffisants par rapport aux prêts qu’elles ont accordés. En cas d'incident, les conséquences seraient donc d'autant plus lourdes.

Quel est le rapport avec la Grèce ? Les marchés, qui exagèrent les tendances mais ne les inventent pas, anticipent de plus en plus un défaut de paiement de ce pays."On est inquiet à cause de la Grèce, c'est toujours l'incertitude majeur qui règne sur l'ensemble des marchés", a expliqué sur Europe 1 Philippe de Certine, économiste spécialiste du système bancaire.

Déjà confrontées aux problèmes économiques évoqués ci-dessus, les banques qui ont accordé des prêts en Grèce risquent donc de se retrouver encore un peu plus en difficulté. "Les titres grecques doivent être dévalorisés", a commenté Philippe de Certine, ce qui signifie que les investisseurs ne récupéreront pas l'intégralité de leur prêt.

Que risquent les banques françaises en Grèce ? Scénario invraisemblable il y a quelques mois, une faillite grecque et la sortie de la zone euro sont de moins en moins taboues. Malgré un plan d’économies drastiques et les prêts européens, la Grèce reste dans le rouge. Si ces difficultés persistent, elle pourrait se déclarer en faillite et sortir de la zone euro. Les banques perdraient alors une grande partie de l’argent investi dans ce pays et l’euro serait malmené, le temps de retrouver un nouvel équilibre.

La première banque concernée est BNP Paribas, qui a prêté près de 5 milliards d’euros à ce pays. Mais la Société Générale (2,6 milliards) et le Crédit Agricole (650 millions) sont aussi concernés, c’est pourquoi l’agence de notation Moody's envisage de revoir à la baisse la note qu’elle a accordée à ces banques. Lundi, François Baroin a rappelé que les banquiers centraux du G7 se sont engagés vendredi à Marseille à fournir toutes les liquidités nécessaires aux banques privées. Le ministre des Finances a qualifié de "négatives" et "toxiques" les rumeurs sur un supposé manque de crédibilité des derniers tests de résistance bancaires.

Les banques françaises peuvent-elles faire faillite ? Ce scénario est très hypothétique et les pouvoirs publics feront tout pour l’éviter. Mais les caisses étant vides, ils ne peuvent leur prêter de l’argent et privilégieraient alors une autre solution : la fusion de plusieurs banques pour en accroître la taille et donc la stabilité. 

Un autre scénario existe mais il est radical : nationaliser les banques. "Cela me paraît totalement prématuré et à côté du sujet aujourd'hui d'évoquer cette hypothèse", a prévenu Eric Besson, ministre français de l'Industrie, lundi sur RMC/BFM TV. Une telle manœuvre serait de toute façon politiquement difficile à vendre : après avoir transféré le coût des subprimes du secteur privé au secteur public, les citoyens n’apprécieront pas une deuxième fois de mutualiser les pertes après avoir privatisé les gains.