Plombé par les affaires de corruption, Airbus voit son avenir s'assombrir

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En pleine tourmente judiciaire, avec pas moins de trois enquêtes pour corruption ouvertes à son encontre, le groupe européen d’aéronautique et de défense Airbus vit des heures troubles.

L'ENQUÊTE DU 8H

Et si la commande du siècle cachait le début de la fin chez Airbus ? Il y a quelques jours, le constructeur signait pour fournir 430 A320 à un groupe américain. Mais derrière ce succès commercial, il y a un empire qui chancelle. Avec une menace immédiate : des affaires de corruption éclaboussent les plus hauts dirigeants du groupe.

Airbus est en effet soupçonné d’avoir versé des centaines de millions d’euros, en partie illégalement, à des intermédiaires pour décrocher des contrats. Des enquêtes sont ouvertes en France, au Royaume-Uni et en Autriche. Le risque est de se voir condamner à une amende de plusieurs milliards d’euros. Mais le plus grave serait de ne plus avoir le droit de vendre d’avions aux Américains.

"Les carottes sont cuites" pour le PDG Tom Enders. Le numéro deux d’Airbus, Marwan Lahoud, a déjà été poussé vers la sortie il y a quelques mois. Aujourd'hui, c'est le PDG d’Airbus, l'Allemand Tom Enders, qui est menacé. "Il n’est plus en capacité de tenir correctement son poste". Voilà précisément ce qu'a confié en "off" un ministre français à Europe 1. "Les carottes sont cuites" pour lui, confirme une autre source. Il y a quelques semaines, Tom Enders, dans un courrier qu'Europe 1 a pu consulter, a demandé à tous ses salariés de se "préparer à vivre une période turbulente et déroutante", une "crise" liée à des enquêtes pour corruption. "On a tous été surpris. Rapidement, ça a amené pas mal de questions. Les mots ont été forts, d'où l’inquiétude, et ça peut être déstabilisant", estime Olivier Esteban, délégué CFTC.

"Avant ce courrier, il n'y avait pas de communication en interne. Clairement, maintenant, on demande à la direction qu'elle devienne notre canal privilégié pour nous informer. On ne peut pas découvrir ces informations régulièrement au matin dans la presse, ce n'est pas acceptable", peste-t-il.

Entendu sur Europe 1
Qui dit baisse de cadence, dit salariés en trop. Il y a clairement une menace

De nouvelles inquiétudes. Parallèlement, si on dresse le bulletin de santé d’Airbus, les alertes s’accumulent. Deux plans de départs volontaires sont en cours, au niveau du siège et dans la branche hélicoptères. Certains employés expriment de nouvelles craintes. "Il y a des difficultés sur le marché de l’hélicoptère. Il y a eu un plan d’adaptation qui a concerné plus de 580 personnes. La crainte, maintenant, c’est un nouveau plan. Il y a aussi l’A400M (un avion de transport militaire très pointu, qui a déjà coûté 20 milliards, ndlr) qui est en baisse : les clients ne sont pas satisfaits, et il n’y a pas de nouvelle commande sur cet appareil militaire. Qui dit baisse de cadence, dit salariés en trop. Il y a clairement une menace, là aussi, de plan d’adaptation sur ce programme", s'inquiète Yvonnick Dreno, délégué Force ouvrière, premier syndicat chez Airbus.

L'avion de combat Eurofighter, lui aussi, se vend mal. Quant au géant A380, seuls douze exemplaires seront produits l'an prochain. Certains spécialistes craignent carrément l’arrêt de ce programme. Mais sur l’A380 comme sur le militaire, Airbus, interrogé par Europe 1, assure que l’emploi n'est pas menacé.

Quel avenir pour l'entreprise ? Heureusement pour Airbus, le tableau n'est pas totalement noir. Les satellites, la cybersécurité, et l'A350 offrent des motifs de satisfaction. Et c'est sans compter sur le carton total de l'A320 : 5.500 commandes à livrer ces prochaines années. Seul bémol : l'entreprise doit essuyer quelques retards à cause du fabricant des moteurs. On voit ainsi en ce moment à Toulouse des A320 terminés, mais sans réacteurs… Pour la suite, c’est un peu flou. Le célèbre directeur des ventes, un Américain qui a implanté Airbus aux États-Unis, part à la retraite. Sur le long terme, le groupe a des projets de taxis volants. Mais pour l’avenir plus proche, plusieurs analystes s’inquiètent d’un manque de stratégie d’ensemble. Et la direction actuelle voit plus souvent ses avocats que ses ingénieurs…