Macron et Sapin jouent les VRP en Allemagne

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Macron et Sapin jouent les VRP en Allemagne
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LE DEAL - Les deux ministres sont à Berlin lundi pour convaincre l’Allemagne d’investir. Et surtout convaincre du sérieux des réformes françaises.

Leurs feuilles de route sont bien différentes mais chacune sait qu’elle ne peut se passer de l’autre. Alors l’Allemagne et la France tentent de rapprocher leurs points de vue et organisent lundi une journée de diplomatie économique. Les ministres français de l'Economie et des Finances, Emmanuel Macron et Michel Sapin, ont rendez-vous lundi à Berlin avec leurs homologues allemands, Sigmar Gabriel et Wolfgang Schäuble. Paris veut persuader le gouvernement Merkel de relancer la machine à investissement mais devra auparavant le convaincre du sérieux de ses propres réformes.

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Merkel Hollande

© Reuters

Le contexte : Paris veut éviter le face-à-face avec Bruxelles. Ce voyage de deux ministres français est tout sauf une visite de courtoisie et intervient dans un contexte bien particulier. Mi-septembre, la France a en effet bouclé son budget 2015 et fait une croix sur ses promesses budgétaires : non, elle ne respectera pas son engagement de limiter son déficit à 3% du PIB en 2015, une règle d’or qu’elle a pourtant accepté et déjà enfreint, obtenant de Bruxelles un délai de deux ans.

Mais deux années plus tard, Paris n’est toujours pas rentrée dans les clous et risque de se voir infliger une sanction par la Commission européenne, à qui elle a transmis son projet de budget 2015. Bruxelles a jusqu’à la fin du mois pour l’étudier et, éventuellement, adopter des sanctions contre Paris. Mais la mise au ban d’un membre fondateur de l’Union européenne serait du plus mauvais effet pour l’image du continent, si bien que Berlin a décidé de se faire l’avocat de la France auprès de la Commission européenne.

La France détaille sa feuille de route. L’Allemagne aide donc la France à éviter des sanctions mais cela ne signifie pas pour autant que Berlin soit d’accord avec la politique française. En échange de son soutien, l’équipe d’Angela Merkel va en effet accompagner la France dans ses réformes, une coopération qui ressemble fort à un droit de regard. Car Berlin va observer de près comment Paris compte réaliser 50 milliards d’économies d’ici 2017 et si cela est réaliste.

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L’Allemagne invitée à investir 50 milliards. En pèlerinage dans le pays du sérieux budgétaire, la France va paradoxalement tenter de convaincre l’Allemagne de rouvrir son porte-feuille. Estimant que l’austérité en cours dans toute l’Europe l’empêche de redémarrer, Paris aimerait bien initier un plan de relance mais n’en a pas les moyens. Emmanuel Macron et Michel Sapin sont donc censés tenter de convaincre une énième fois leurs homologues allemands d’initier un plan d’investissement.

Et le chiffre évoqué n’est pas anodin : 50 milliards d'euros, soit le montant exact des économies que Paris promet de réaliser. "50 milliards d'euros d'économies chez nous, 50 milliards d'investissements chez eux, ce serait un bon équilibre", ont jugé les deux ministres français dans un entretien accordé lundi au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ).

La France y croit d’autant plus que des voix se font entendre en Allemagne pour relancer l’activité et notamment rénover des infrastructures qui en ont grandement besoin. Mais plusieurs obstacles de taille se dressent devant le gouvernement français : d’abord le fait que l’Allemagne refuse de vivre à crédit et que son objectif premier est de ramener à zéro le déficit de l'Etat fédéral, dès l'an prochain pour la première fois depuis 1969. Ensuite car la visite des ministres français devrait durer à peine un peu plus d’une heure, un peu court pour changer la face de l’Europe.

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