Loi alimentation : cinq mesures qui vont changer vos habitudes

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Fin des promotions chocs, étiquetage plus clair, bio dans les cantines… De nombreuses mesures du projet de loi alimentation, qui arrive à l’Assemblée mardi, concernent directement les consommateurs.

ON DÉCRYPTE

Mieux rémunérer les agriculteurs et alimenter plus sainement les Français : le projet de loi sur l'agriculture censé notamment interrompre la "guerre des prix" va animer à partir de mardi les débats à l'Assemblée. En plus d’un volet commercial visant à renverser la construction des prix en fonction des besoins des producteurs, le texte va fortement impacter les habitudes des consommateurs, que ce soit en termes d’alimentation ou au niveau du porte-monnaie. Europe 1 vous présente les cinq mesures qui vont changer votre quotidien.

La fin des promotions chocs

L’un des objectifs principaux du projet de loi est "que cesse une guerre des prix génératrice de destruction de valeur et d'appauvrissement des producteurs", selon le gouvernement. Conséquence directe pour les consommateurs : c’est la fin des grosses promotions. Désormais, les rabais seront limités à 34% des volumes et 25% des prix de référence. Autrement dit, fini les opérations de type "un produit acheté = un offert" et les promotions monstres de 50% ou 70%. "Aujourd'hui, ce sont les distributeurs qui captent la plus grande partie de la valeur, qui captent les marges", a justifié le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert dimanche sur France Inter, jugeant que ces promotions pénalisent les producteurs.

Hausse du seuil de revente à perte

Par ailleurs, le gouvernement souhaite imposer à la grande distribution un relèvement du seuil de revente à perte de 10%, Les supermarchés seront ainsi obligés de revendre un produit alimentaire au minimum au prix où ils l'ont acheté, majoré de 10%. Avec la fin des promotions, cette mesure fait craindre aux opposants au texte une hausse des prix pour les consommateurs. Idée écartée d’un revers de main par Stéphane Travert. "Ce que j'entends, c'est que ‘les prix vont gonfler’, que ‘l'inflation va être énorme’, et ça ce n'est pas vrai", a-t-il assuré. Le ministre de l’Agriculture a néanmoins estimé que le consommateur était "prêt à payer quelques centimes de plus" pour se nourrir, "dès lors où il sait que le produit qu'il va acheter va mieux rémunérer les agriculteurs".

50% de bio dans les cantines

Le projet de loi vise également à changer les habitudes alimentaires des Français. Ainsi, les repas dans la restauration collective publique (cantines, universités, administrations) devront comprendre, au plus tard en 2022, au moins 50% de produits issus de l'agriculture biologique ou tenant compte de la préservation de l'environnement. Cet objectif était déjà intégré dans le Grenelle de l’Environnement en 2007 mais aucune avancée n’a été faite en dix ans. Les obligations de lutte contre le gaspillage alimentaire seront également étendues au secteur de la restauration collective.

Ne dites plus "steak" végétal

Depuis quelques années, les steaks de soja ou steaks de tofu se sont fait une place dans les rayons des supermarchés. Une appellation jugée erronée par le gouvernement qui veut interdire certaines "pratiques commerciales trompeuses" pour le consommateur, associant des termes comme "steak" ou "saucisse", à des produits qui ne sont pas uniquement composés de viande. Les marques concernées bénéficieront d’un délai pour repenser le packaging desdits produits.

Identifier le miel français

Si vous êtes amateur de miel, le projet de loi agriculture et alimentation vous concerne directement. En effet, le gouvernement souhaite mieux labelliser ce produit trompeur : seul un quart du miel consommé en France est produit sur le territoire, donnée pas forcément connue des consommateurs. Pour les nectars dorés fabriqués à partir de mélanges de miels, la seule obligation actuelle est de préciser sur l’étiquette s’ils sont originaires ou non de la "communauté européenne". Avec ce texte, le gouvernement entend faire figurer clairement le pays d’origine de chaque miel ayant servi au mélange. Une mesure qui pourrait, à termes, bénéficier aux producteurs français.



Les débats s’annoncent longs

Avec ce texte "pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable" porté par le ministre Stéphane Travert, "l’agriculture monte en gamme", vante le rapporteur et éleveur Jean-Baptiste Moreau, au micro d’Europe 1. Un enthousiasme pas toujours partagé à droite comme à gauche, que ce soit à cause des charges pour les agriculteurs ou parce que le texte ne va pas assez loin sur les engagements écologiques.

Signe de la mobilisation des élus et des lobbies, l'afflux d'amendements (quasiment 2.500) est tel que la durée globale des discussions, jusqu'au mardi suivant, sera limitée à 30 heures entre les sept groupes politiques. Premier volet de la réforme du secteur agroalimentaire promise par l'exécutif, le texte de 18 articles doit être voté définitivement au plus tard en septembre et être effectif pour les négociations commerciales 2018-2019.