L’Iran n’est pas l’eldorado espéré pour les entreprises françaises

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Près d’un an après la levée des sanctions, les entreprises de tailles moyenne et petite, freinées par la prudence des banques de l’Hexagone, peinent à se faire une place au soleil.

L'ENQUÊTE DU 8H

Quelques jours après la signature d'un contrat d'Airbus avec l'Iran pour une commande de 100 avions, retour sur les espoirs des entreprises Françaises. En janvier 2016, une délégation de grands patrons, emmenée par le Medef, se rendait dans la capitale Téhéran. On parlait alors de gros contrats. Un an après l'accord sur l'Iran, c’est l’heure du bilan.

De gros contrats, mais… Et plusieurs contrats ont bel et bien été signés. Il y a donc ces avions, qui représentent un gigantesque contrat : 20 milliards de dollars au prix catalogue. Peugeot et Renault ont aussi investi sur place et le groupe Accor va installer des hôtels. Par ailleurs, Total a décroché également un contrat. Ce n’est donc pas si mal, mais on est pourtant loin de l'eldorado annoncé. Les entreprises de tailles moyenne ou petite, elles, n’y arrivent pas.

La prudence des banques françaises. La raison, c’est qu’aucune grande banque française ne veut financer les projets. La Société Générale ou la BNP le disent très clairement : "hors de question pour nous d'aller en Iran". Les sanctions de l’ONU ont certes été levées sur ce pays, mais pas les sanctions américaines. Il s’agit là de vieilles sanctions, liées aux droits de l’Homme. Les banques françaises en ont peur, et craignent des amendes colossales, chiffrées en milliards de dollars. Il est notamment interdit de faire du commerce avec des entreprises qui ont un lien avec le terrorisme.

"Des sanctions encore en vigueur". Et ce n'est pas simple de choisir les bons partenaires. "Il y a un certain nombre de sanctions qui sont encore en vigueur, notamment celles qui visent certaines entités iraniennes liées aux Gardiens de la Révolution", explique  Mathieu Etourneau, directeur du centre français des affaires de Téhéran. "C’est pourquoi c’est très important pour les entreprises françaises qui s’intéressent au marché iranien de bien anticiper, de bien analyser leurs éventuels partenaires pour s’assurer que, parmi ces partenaires, il n’y pas des entités, des personnes ‘blacklistées’". 

Si Boeing et Airbus parviennent à signer des contrats, c’est parce que pour l'aéronautique, il y a une sorte de dérogation. Peugeot, de son côté, est sur place depuis des années et n'utilise pas de pièces américaines. Mais pour tous les autres, c'est compliqué. Orange, par exemple, étudie de près le dossier, mais selon nos informations, l’opérateur devra trouver une banque étrangère, peut-être italienne.

"On est obligés de passer par des intermédiaires". Et même pour les petits contrats, ce n'est pas simple. "Aujourd’hui, il n’y a pas de banque française qui accepte des paiements supérieurs à 50.000 euros de la part des banques iraniennes ou même de la Banque centrale iranienne", témoigne  François Burgaud, dirigeant d’Adepta, qui accompagne les entreprises françaises dans le domaine des semences végétales. "On est obligés de passer par des intermédiaires financiers allemands, turcs, avec des montages relativement compliqués."

Et ce n’est pas prêt de changer. L’administration Trump, qui arrive au pouvoir dans quelques jours aux Etats-Unis, est ouvertement anti-Iran. Ce n’est pas cela qui va rendre les banques françaises moins frileuses.