Les stations de ski des Pyrénées sont en danger

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Les stations de ski des Pyrénées sont en danger
@ RAYMOND ROIG/AFP
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RÉFORME - La Cour des comptes souligne qu’elles ne pourraient survivre sans subventions publiques. Un soutien qui ne sera pas éternel.

La Cour des comptes s’intéresse à tout : aux transports publics urbains, aux déficits de l’Etat, aux étudiants boursiers mais aussi… aux stations de ski. Dans l’édition 2015 de son rapport annuel, les Sages de la rue Cambon se sont en effet penché sur le modèle économique des stations de sports d’hiver dans les Pyrénées. Et leur verdict est inquiétant : sans perfusion d’argent public, ces stations ne seraient pas viables et doivent donc trouver un nouveau modèle économique.

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Le sombre constat de la Cour des comptes. Si cette dernière s’est penchée sur l’état de santé des stations de ski des Pyrénées, c’est que la santé de ces dernières ne cesse de se détériorer. Premier constat : la fréquentation des stations est en baisse depuis les années 1990, ce que reconnait la profession.

Or, la Cour des comptes estime qu’il y a peu de raisons que cela s’améliore puisque "l’enneigement aléatoire" et des "conditions d'hébergement insuffisantes" empêchent de séduire de nouveaux clients, et notamment les étrangers qui préfèrent les Alpes. Et le rapport d’enfoncer le clou en soulignant un accès routier difficile et  l'absence "totale" de services au pied des pistes.

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© REMY GABALDA/AFP

Des stations de ski déjà fragiles. L’avenir des stations de ski pyrénéennes est d’autant plus incertain qu’elles sont déjà en difficultés : "les contrôles budgétaires et les examens de gestion ont confirmé la situation financière très fragile des stations avec des niveaux de déficit et de dette importants", précise le document. Un niveau d’endettement qui "atteint régulièrement 300% ou 400% du chiffre d'affaires".

Déficits structurels, aucune capacité d’autofinancement : les stations de ski ne survivent que grâce aux subventions des communes qui les hébergent, à la gratuité de certains services qui devraient être facturés. "Ainsi, entre 2009 et 2012, la régie de Luz-Ardiden a reçu chaque année une subvention du SIVOM de l’Ardiden d’un montant compris entre 1 et 2 millions d'euros (pour un chiffre d’affaires moyen à peine supérieur à 3 millions d'euros)", illustre le rapport. Conséquence de ce soutien public, des "impôts locaux qui, de manière générale, affichent des taux élevés doivent parfois subir de fortes augmentations pour absorber les pertes".

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Des stations devront "être restructurées ou fermées". Pour relancer la machine, les stations de ski devraient donc se moderniser et les communes qui les hébergent investir pour se doter de nouvelles infrastructures et de capacités d’hébergement supplémentaires. Sauf que l’argent manque…

Pour sortir de cette "crise structurelle", certaines stations devront se regrouper et d’autres "vraisemblablement être restructurées ou fermées", a affirmé mercredi Jean Mottes, président de la chambre régionale des comptes de Midi-Pyrénées. En clair, la Cour des comptes conseille de fermer les stations les plus petites et les moins rentables, un avis que ne partagent évidemment ni les professionnels ni les élus locaux. "Fermer une station, c'est tuer une vallée", a prévenu Jean Canal, directeur de la Confédération pyrénéenne du tourisme.

Mutualiser, la solution. Aux yeux de la Cour des comptes, le salut passera pas un regroupement des stations de ski à chaque fois que cela est possible, ce qui permet de mutualiser les dépenses de marketing et d’offrir un domaine skiable plus grand. Il faudrait donc ne plus "raisonner par vallée" mais à une échelle plus grande, ce qui fait dire à la Cour des comptes que les départements devraient prendre en charge les investissements des stations de ski à la place des communes.

Car l'activité des sports d'hiver est indispensable à l’économie des Pyrénées : le secteur génère en moyenne un chiffre d'affaires annuel de 100 millions d'euros et emploie 10.000 personnes.

>> Pour mieux faire passer son message, la Cour des comptes a accompagné son rapport de l'infographie ci-dessus :

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© COUR DES COMPTES

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