Les salaires des grands patrons en cinq questions

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Invité d'Europe 1, Loïc Dessaint est revenu sur les règles de rémunérations des grands patrons en France, mercredi, sur Europe 1.

Vendredi, le conseil d'administration (CA) de Renault a validé le salaire du PDG du groupe, Carlos Ghosn, malgré la contestation de celui-ci par l'assemblée générale des actionnaires, à 54%. Pour la deuxième année consécutive, l'État, qui contrôle 19,74% du groupe, faisait partie de ces contestataires. Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest, un cabinet de conseil qui publie chaque année un rapport sur la rémunération des grands patrons, a détaillé mercredi, sur Europe 1, les mécanismes de cette augmentation.

La rémunération de Carlos Ghosn est-elle exceptionnelle ?

"Carlos Ghosn gagne au total 15 millions d'euros", affirme Loïc Dessaint. Le PDG reçoit 7,2 millions d'euros de la part de Renault avec une partie fixe, un bonus annuel et des actions gratuites. Il faut ajouter à cela environ 8 millions d'euros versés par Nissan, dont il est également PDG.

"C'est totalement délirant", estime Loïc Dessaint, qui souligne qu'un grand PDG du CAC 40 gagne en moyenne 4,3 millions d'euros, soit "déjà plus de 200 fois le Smic ! Et Carlos Ghosn gagne au total presque quatre fois plus que cela encore".  Pour l'expert, cette rémunération s'explique en partie par l'absence de contrôle de la rémunération du côté de Nissan. "Vendredi, à cette assemblée générale, les actionnaires ont encore validé un accord dans lequel Renault (actionnaire de Nissan, ndlr) s'engage à ne pas regarder ce qui se passe chez Nissan", affirme-t-il. "Ces 8 millions d'euros sont donc garantis."

Pourquoi l'avis des actionnaires n'est-il que consultatif ?

"Il y a quelques années, en 2013, les hauts dirigeants, l'Afep (association française des entreprises privées, ndlr) et le Medef ont décidé de créer un code", raconte Loïc Dessaint. Ce code, baptisé Afep-Medef, introduit un vote consultatif. "C'est de l'auto-régulation. Il prévoit qu'il y ait un vote de l'Assemblée générale, et, en cas de rejet, une réunion du conseil d'administration qui statue pour voir quelles sont les suites à donner à cet avis consultatif", précise-t-il. "Ce sont surtout les administrateurs qui ont beaucoup de pouvoir, et ils sont souvent sous l'influence de leur président", estime Loïc Dessaint.

Les autres patrons sont-ils autant rémunérés ?

"Dans les trois quarts des cas, les sociétés jouent le jeu", juge le directeur de Proxinvest. "Certains conseils d'administration, avec seulement 20% de contestation en assemblée générale, réagissent, ils ne supportent pas qu'une grande frange de leur actionnariat ne soit pas d'accord avec leurs décisions", poursuit-il.

Loïc Dessaint cite l'exemple de l'entreprise Danone, dont la rémunération du PDG, Franck Riboud,  a été contestée par 47% des actionnaires en 2015. "Cette année, il y a eu réaction : plus d'informations, son sucesseur un peu moins rémunéré…", explique l'expert. "Renault est une entreprise très particulière en acceptant de se mettre en affrontement avec ses actionnaires."

L'État peut-il agir ?

Au sein de l'entreprise, "l'État peut voter contre en tant qu'actionnaire et en tant qu'administrateur, c'est tout", explique Loïc Dessaint. "L'autre option serait de légiférer, et peut-être, d'anticiper une directive européenne qui est en cours de discussion sur les droits des actionnaires". La mesure, prévue pour 2018, propose de se rapprocher du modèle anglais, dans lequel l'assemblée générale dispose d'un vote contraignant sur la rémunération. L'assemblée générale, au moins tous les trois ans, définirait des règles et pourrait dire réellement non.

Et si l'entreprise est en difficulté ?

"Il y a un problème qui est récurrent, c'est la rémunération variable d'un dirigeant en cas de plan social", affirme le directeur de Proxinvest. Les difficultés d'une entreprise peuvent conduire à suspendre les dividendes de ses actionnaires. "Ils font des efforts, les salariés font des efforts, avec beaucoup de postes non remplacés, et on ne comprend pas pourquoi les patrons y échappent", poursuit-il. Selon Loïc Dessaint, il existe bien "une règle de principe" selon laquelle un patron ne peut pas être augmenté si les résultats de l'entreprise ne sont pas bons. "Mais elle n'est pas dans le code Afep-Medef", précise-t-il.