Les labos (très) généreux avec les médecins

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Les labos (très) généreux avec les médecins
@ PHILIPPE HUGUEN / AFP
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TRANSPARENCE - Les laboratoires pharmaceutiques ont versé l'équivalent de 245 millions d'euros (au moins) aux professionnels de santé depuis 2012.

Les laboratoires pharmaceutiques ont dépensé plus de 245 millions d'euros en cadeaux offerts aux professionnels de santé, surtout aux médecins, entre janvier 2012 et juin 2014, selon des chiffres publiés mardi l'association Regards Citoyens. Depuis fin 2011, un décret, baptisé "Sunshine act" oblige les entreprises pharmaceutiques à déclarer tous les avantages en nature et en espèces qu'elles versent au-delà de 10 euros. Le collectif Regards Citoyens a donc profité de cette transparence pour se plonger dans le détail de ces échanges et a recensé plus de 2,5 millions de ces "cadeaux" en 30 mois.

Novartis, le plus généreux. Ce chiffre recouvre essentiellement des repas, ainsi que des frais de transport, d'hébergement et d'invitation à des congrès. On y trouve aussi des dons de matériel médical, de soutien à des actions de formation ou encore de vins et de chocolats, a précisé l'association. Les trois laboratoires "les plus généreux" ont été le suisse Novartis (17,9 millions d'euros), le français Servier (14,4 millions d'euros) et le britannique GSK (11,7 millions d'euros), le numéro un français Sanofi arrivant en septième position (6,9 millions d'euros).



Des cadeaux mais aussi des contrats. Regards Citoyens a par ailleurs dénombré près de 233.000 conventions donnant lieu à la rémunération d'un professionnel de santé par un laboratoire, principalement pour leur participation à un congrès, à une étude de marché, à une action de formation ou de recherche. L'américain MSD arrive largement en tête dans cette catégorie, avec plus de 42.000 conventions, devant l'allemand Boehringer-Ingelheim (28.000) et le britannique AstraZeneca (19.800).

Certaines entreprises ont même publié par erreur le montant de ces contrats, dont l'allemand Bayer, qui versait entre 10.000 et 40.000 euros par convention. Le record est toutefois détenu par le français Eurofins Optimed, qui a déjà versé 70.200 euros à un psychiatre.

Les médecins, principaux bénéficiaires. Plus de 82% de ces avantages et conventions ont bénéficié à des médecins, les pharmaciens et leurs préparateurs arrivant loin derrière (6,7%), suivis des infirmiers (4,5%) et des dentistes (1,6%). Les futurs prescripteurs ne sont pas oubliés : 2,2% des cadeaux et contrats ont concerné les internes et autres étudiants.

Des progrès ont été faits… Il serait toutefois faux de dire que depuis le "Sunshine act" les pratiques n'ont pas changé. "Elles ont été encadrées, ce n'est plus le far west comme avant. La transparence a tout de même entraîné des restrictions. Avant, les cadeaux étaient des voyages à Marrakech avec toute la famille", nuance Claude Le Pen, économiste de la santé à l'Université Paris Dauphine, contacté par Europe 1. "Alors certes, 240 millions, ça peut paraître choquant. Mais 50 millions aussi auraient pu paraître choquants. Tant que ce n'est pas nul, cela pourrait paraître choquant", poursuit le spécialiste, qui rapporte ce chiffre aux plus de 250.000 médecins exerçant en France.

D'autant que le système de formations des médecins aussi a été clarifié. Il y a dix ans, le flou était de mise et les médecins pouvaient facilement participer à autant de congrès qu'ils le souhaitaient. Aujourd'hui, les professionnels de santé doivent se faire accréditer pour aller à certains colloques. Et ils ont un quota de "points" à respecter dans le cadre de leur formation.



… D'autres restent à faire. Reste que la transparence n'est pas encore absolue. Regards Citoyens a ainsi précisé que les informations recueillies n'étaient pas exhaustives, en raison principalement de la "piètre qualité" et des données "incomplètes" du site officiel transparence.gouv.fr. Le collectif indique par ailleurs en avoir récupéré davantage via les sites des ordres médicaux, en premier lieu celui de l'Ordre des médecins. Le collectif demande au ministère aux laboratoires que les données collectées soient rendues publiques "en open data afin que toute la transparence soit faite sur les cadeaux et les contrats de l'industrie pharmaceutique".

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