Les Grecs s'attendent au pire en 2012

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Les Grecs s'attendent au pire en 2012
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Chômage, exode, pauvreté menacent les habitants d'un pays qui vit sa 5e récession consécutive.

Le 1er janvier, les habitants de la Grèce se sont-ils souhaité une bonne année ? Avec le passage en 2012, le pays a entamé sa cinquième année consécutive en récession, et les plans successifs d'austérité demandés par la Troïka (UE, FMI et BCE) n'annoncent pas des lendemains meilleurs. "Les Grecs sont résignés et le vivent très mal. Ils ont l'impression d'être passés par une trappe dans laquelle on ne peut sortir", décrit Rigas Arvanitis, sociologue et économiste franco-grec joint par Europe1.fr.

Eclatée en 2010, la crise s'est gravement prolongée en 2011. Sept plans d'austérité se sont succédé, passages obligatoires pour obtenir les plans d'aide promis par la Troïka (FMI, UE, BCE) et auxquels Athènes a tant besoin. Les Grecs démarrent 2012 avec la gueule de bois. Plus d'un quart des 11 millions de Grecs étaient au bord de la pauvreté ou de l'exclusion sociale en 2010 selon Elstat, l'organisme de statistique officiel du pays. Depuis, la situation ne semble pas s'être améliorée. "Il y a beaucoup plus de mendiants dans les rues", a notamment constaté Rigas Arvanitis, qui retourne "trois à quatre fois" par an en Grèce, où sa mère réside.

"Incertitude, peur, et pire : dépression"

Et avec les mesures annoncées ou tout juste mises en place, l'année ne s'annonce pas mieux. "Il y aura des difficultés, des décisions désagréables, des sacrifices", avait listé à la fin de l'année le nouveau Premier ministre Lucas Papademos. Tout le monde est touché. Baisse des salaires, du Smic – fixé à 751€ bruts –, des retraites, hausse de la TVA, inflation, on ne compte plus les tours de vis.

"Les sociétés n'embauchent plus. Au contraire, beaucoup de Grecs ont perdu leur emploi ou travaillent à mi-temps parce que leur entreprise ne peut pas les payer. D'autres donnent des congés obligatoires non-payés de temps en temps", fait remarquer Eleni Paleologou, étudiante en France dont toute la famille est en Grèce. Ses amis ont perdu trois mois de salaires avec les mesures d'austérité qui succèdent aux plans de rigueur depuis deux ans. La mère de Rigas Arvanitis a connu le même sort. "Elle a perdu 30% de ses ressources à la retraite", déplore-t-il.

Le mal-être est total. "Les prix augmentent de manière disproportionnée, et en même temps les aides sociales ne compensent pas puisque l'Etat n'a plus de ressources", commente la jeune grecque. "Toutes les catégories sociales sont touchées par l'incertitude, la peur, et pire : la dépression".

"Les Grecs n'achètent plus que le nécessaire"

Les conséquences de ce serrage de ceinture national sont prévisibles : la consommation est en berne. "Les Gecs n'achètent plus que le nécessaire à cause de l'incertitude qui règne", précise Eleni Paleologou. Le passage de la TVA de 12% à 23% a également refroidi les ardeurs grecques. "Aujourd'hui, si vous allez dans un restaurant et que vous ne demandez pas de facture, le chef vous fait -20% sur la note", explique Rigas Arvanitis.

"La baisse dans le commerce du bétail à Athènes a aussi baissé de 60%. Tout cela est au-delà de ce qu'on pouvait imaginer, et personne ne sait quand ça va s'arrêter. Mais le plus probable, c'est que la situation ne va pas s'améliorer en 2012", prédit, pessimiste, le sociologue franco-grec.

L'année économique a d'ailleurs commencé en Grèce avec des chiffres inquiétants : le commerce de détail a subi une baisse de 30% des ventes pendant Noël, une baisse semblable à celle connue par les immatriculations de voitures particulières.

Emigrations mais pas "exode"

Plutôt que l'automobile, c'est l'avion ou le train qu'espèrent prendre les jeunes Grecs pour quitter le pays. Ils n'ont plus confiance en un sauvetage de leur pays, et considèrent que leur avenir est ailleurs. A l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une "petite augmentation" d'émigration a été constatée.

"Mais il y a beaucoup d'obstacles pour les Grecs : la langue et la qualification professionnelle en particulier", analyse Jonathan Chaloff, expert ès migrations à l'OCDE. "Beaucoup de Grecs parlent trois langues, ceux-là, estime Rigas Arvanitis, peuvent changer d'air facilement". Ils partent le plus souvent pour l'Allemagne.

Jonathan Chaloff veut bien croire qu'une nouvelle hausse de départs interviendra dans l'année, mais il refuse de parler "d'exode". Les Grecs devront vivre la crise chez eux.