Les façadiers français en colère : Philippot interpelle Juppé et Fillon

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Vinci va faire appel à un sous-traitant turc pour réaliser une partie de la tour Saint-Gobain à la Défense. Les entreprises françaises s'insurgent contre ce choix.

Trente-neuf étages de verre et d’acier, et une polémique. Les conditions de réalisation de la façade vitrée de la tour Saint-Gobain à La Défense suscite la colère de certains professionnels du bâtiment. En effet, les entreprises françaises de menuiseries en aluminium s'indignent d'avoir été "évincées", selon elles, du chantier des façades vitrées par le groupe Vinci, qui leur a préféré un sous-traitant turc aux prix "anormalement bas". "Les façadiers français évincés de la tour Saint-Gobain crient leur colère", affirme dans un communiqué mardi l'organisation professionnelle SNFA, qui représente quelque 185 entreprises qui conçoivent, fabriquent et installent des menuiseries aluminium (vérandas, fenêtres, façades).

Un coup dur. Le groupe Vinci "a récemment choisi l'entreprise turque Metal Yapi" pour réaliser les façades vitrées de l'ouvrage, rapporte le SNFA. "Les raisons de ce choix : à nouveau des prix anormalement bas !", dit l'organisation, dénonçant "un nouveau coup dur pour les entreprises françaises, une fois de plus privées d'un important marché". Aujourd'hui Metal Yapi "ne dispose en France que d'un établissement de moins de 5 personnes qui n'est même pas affilié à la convention collective du bâtiment", affirme l'organisation.

"Patriotisme économique". Invité mercredi de la matinale d’Europe 1, Florian Philippot, vice-président du FN, s'est mêlé à la polémique, interpellant les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre sur ce dossier. "Je leur pose une question […] Comment fait-on, sans protectionnisme et sans patriotisme économique, face à cette concurrence déloyale ?", a-t-il interrogé, alors même que le programme économique de François Fillon, le nouveau favori, est présenté comme ultra-libéral au point que le candidat est souvent comparé à Margaret Thatcher. "En tout cas, nous, on soutient les sous-traitants français", assure le responsable frontiste.

"Nos façadier vont mourir", avertit Jean-Luc Marchand, délégué général du SNFA. "Pour nous, il est impossible de travailler, en respectant toutes les règles, dans les conditions financières imposées par les entreprises générales", de grands groupes de BTP et leurs filiales, a-t-il déclaré.

Les conditions de travail. Quelque 25.000 m2 de façades vitrées doivent être réalisées sur le chantier Saint-Gobain, conçue par le cabinet d'architecte français Valode et Pistre, dont la livraison est prévue pour le troisième trimestre 2019. Metal Yapi, "sous-traitant de Bouygues pour les façades de l'immeuble Le Monde, a déjà défrayé la chronique en 2004", dit le SNFA. Ce chantier avait donné lieu à "des conditions déplorables de travail et d'hébergement de ses salariés, qui ont fait polémique" dit l'organisation, qui y voit la conséquence d'"invraisemblables écarts de prix avec les entreprises françaises". Pour le SNFA, ces cas de sous-traitance étrangère aux conséquences "désastreuses" sont "loin d'être isolés et deviennent même une pratique courante".