Les emplois d'avenir patinent

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Les emplois d'avenir patinent
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Alors que le dispositif d’insertion professionnelle rencontre des difficultés, les appels à le modifier se multiplient.

L’INFO. Les emplois d’avenir, l’un des dispositifs-phare du gouvernement pour lutter contre le chômage des jeunes pas ou peu qualifiés, ne rencontre pas le succès escompté. La faute à des conditions jugées trop restrictives par les employeurs, qui demandent donc de le réformer. Au détriment des jeunes en quête d’insertion professionnelle ?

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• Un rappel : c’est quoi un emploi d’avenir ? Une réponse au chômage des jeunes les moins formés. Sans diplôme ni formation, il leur est difficile de trouver un premier emploi. Or, sans expérience dans le monde du travail, point de salut. L’emploi d’avenir est donc censé leur mettre le pied à l’étrier, principalement dans le secteur non-marchand. Un tremplin qui s’adresse par ailleurs à un public très spécifique : les jeunes n’ayant pas décroché le baccalauréat et issus des quartiers les plus sensibles.
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Un premier bilan décevant. Sur le papier, l’idée semble séduisante mais le raz-de-marée escompté n’a pas eu lieu. A la fin du mois de mars, à peine un peu plus de 10.000 emplois d’avenir ont été signés... alors que l'objectif est d’en conclure 100.000 d’ici la fin de l’année.

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Les employeurs rechignent. Bien qu’un emploi d’avenir soit subventionné par l’Etat à hauteur de 75%, collectivités territoriales et associations ne se sont pas ruées dessus. Et pour cause : les employeurs rechignent à recruter des jeunes qui ne sont pas immédiatement opérationnels, même à prix réduit. Il faut en effet les former, les accompagner, sans l’assurance de réussir. "Le frein, c’est l’engagement sur la durée : cela reste des contrats lourds en termes d’organisation puisque ce sont des emplois à temps plein, sur une durée de trois ans, avec un enjeu de formation. C’est clair que le standard téléphonique ne déborde pas d’appels", témoigne pour Europe 1 Alain Belfert, directeur de la mission locale pour l’emploi de Douai.

Appels répétés à réformer le système. Prenant acte de ces débuts laborieux, un nombre croissant d’élus et de responsables propose d’assouplir ce dispositif : en clair, l’ouvrir à des jeunes plus diplômés, qui galèrent aussi sur le marché du travail mais seront plus vite opérationnels. Sauf que cela reviendrait à réitérer les effets pervers des emplois-jeunes initiés par Lionel Jospin : des jeunes diplômés à Bac+2, Bac+3, et même d’avantage, avaient presque monopolisé le dispositif, excluant de fait les jeunes les plus en difficulté.
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Michel Sapin

© ©Jonathan Rebboah/Wostok Press/MaxPPP

Le ministre du Travailgarde le cap. Michel Sapin refuse donc pour l’instant toute modification, même si cela prive le gouvernement d’un moyen de réduire temporairement le chômage. Et quand bien même les emplois d’avenir seraient ouverts aux plus diplômés, rien ne dit que cela marche : les collectivités territoriales commencent aussi à se serrer la ceinture, un régime qui n’incite pas à embaucher. "Il y a de moins en moins d’emplois, y compris dans les collectivités, destinés aux jeunes sans qualification", confirme Alain Belfert.

• L'autre solution. Le Conseil d'analyse économique, qui a publié une étude sur le sujet mercredi, propose une autre piste : les emplois d'avenir "doivent être réorientés vers le privé" car, à ses yeux, "la solution n'est pas de les placer dans des emplois du secteur public ou associatif dont toutes les études démontrent l'inefficacité du point de vue du retour à l'emploi". Seule certitude : en France, les jeunes sont "massivement rejetés", estime l’un des auteurs, avant de rappeler que le taux d'emploi des jeunes Français est 1,5 fois plus faible qu'au Royaume-Uni ou en Allemagne.
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