Le sous-sol minier, l'avenir de l'économie française ?

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Le sous-sol minier, l'avenir de l'économie française ?
De l'or a été extrait de la mine de Salsigne dans l'Aude jusqu'à la fermeture du site en 2004. @ PASCAL PAVANI / AFP
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Pour le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, la France doit ouvrir des mines sur son territoire.

La France, en panne de croissance et en quête de créations d'emplois, pourrait-elle se relancer grâce à son sous-sol ? Oui, si l'on en croit Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie. Dans une interview accordée aux Echos lundi, l'auteur de la loi sur la croissance promulguée en août l'assure : "la France va rouvrir de nouvelles mines". Dans sa ligne de mire, le sous-sol d'outre-mer, notamment celui de Guyane riche en or. Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, a expliqué sur Europe 1 les enjeux d'une telle relance.

La France a "un avenir minier". En déplacement en Guyane la semaine dernière, Emmanuel Macron a été inspiré par la forêt amazonienne : "la France métropolitaine et l’outre-mer ont un avenir minier. Il y a énormément de minerais exploitables, et nous avons eu une tradition et une culture forte en la matière". Et d'avancer la présence sur place de Colombus Gold, un industriel canadien de renommée mondiale, "la refonte actuelle du Code minier" ainsi qu'un "travail sur la mine responsable" et d'annoncer aussi des aides "sur le plan de l'investissement". Sans pour autant promettre "une transformation de l'économie française", ne pas exploiter l'or présent en Guyane serait "une erreur profonde", tranche le ministre.

Les ordinateurs et les téléphones, dépendants des mines. Certes, "dans l'imaginaire français, les mines, c'est Germinal et une série d'épisodes douloureux", explique à Europe 1 Patrice Geoffron. "La dernière mine de fer ferme en 1998, la dernière mine de charbon en 2004 et on n'exploite plus de gaz en France depuis 2014", énumère-t-il. Et pour beaucoup de Français, le 21e siècle marque l'avènement du numérique. Cependant, "la réalité est plus complexe", estime l'universitaire qui est aussi directeur du centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières. La fabrication des ordinateurs et des téléphones portables nécessitent en effet des matériaux rares qui se trouvent dans les sous-sol. Les États-Unis l'ont compris "en tenant les deux bouts, la Silicon Valley avec la nouvelle économie tout en étant un grand pays minier", analyse Patrice Geoffron.

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Le dernier puits d'extraction de charbon de France à Gardanne a fermé en 2004, 470 mineurs y travaillaient encore (BORIS HORVAT / AFP)


La porte ouverte au gaz de schiste ? Le débat autour de l'exploitation du gaz de schiste serait-il relancé ? "Non", estime Patrice Geoffron, "le gaz de schiste est un cadeau laissé au successeur" d'Emmanuel Macron car il s'agit là de sujets sur "le temps long". Le bénéfice du gaz et de pétrole de schiste ne rapporteraient des bénéfices qu'au-delà de 2020. Or, ce que souhaite le ministre de l'Economie, selon le chercheur, c'est réintroduire "une culture minière dans la métropole et surtout en outre-mer". Ainsi, en Guyane, une mine "qui contiendrait une centaine de tonnes d'or" pourrait être exploitée avec "un enjeu économique de trois milliards d'euros".

"Une démocratie plus évoluée que la nôtre". Un avenir minier pourrait-il se conjuguer avec le respect de l'environnement ? Alors qu'en juillet la loi sur la Transition énergétique a été votée, "il faut tenir l'ensemble des bouts", estime Patrice Geoffron, avec par exemple "la remise en état des sites" ou encore "l'utilisation de l'eau". "Il faut aussi s'assurer que les bénéfices apportés par les mines soient supérieurs à ceux des activités agricoles et touristiques qui seront impactées". Pour cela, il faut aller vers "une démocratie plus évoluée que la nôtre", juge Patrice Geoffron, prenant pour exemple le Danemark, "truffé d'éoliennes mais qui s'intéresse à ses mines". Le gouvernement l'entendra-t-il de cette oreille ? Emmanuel Macron promet dans Les Echos "un débat démocratique et technique avant d'autoriser un projet" tout en reconnaissant que "le risque zéro ex ante (au préalable, ndlr) n'existe pas".