Le gouvernement peut-il sauver l'usine Alstom de Belfort ?

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Après avoir convoqué une réunion interministérielle sur l'avenir d'Alstom, François Hollande a déclaré souhaiter le maintien de l'activité sur le site de Belfort. Mais la marge de manœuvre du gouvernement est mince.

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"Nous avons déjà sauvé Alstom et nous pouvons encore sauver Alstom. A condition que les dirigeants jouent pleinement leur rôle". Invité hier du Grand Rendez-Vous d'Europe 1, Manuel Valls a bien montré qu'il croyait possible d'éviter la fermeture du site historique de Belfort du groupe français, d'où est notamment sortie la première locomotive TGV. Un volontarisme que partage François Hollande. A l'issue d'une réunion interministérielle de crise pour évoquer les pistes permettant de pérenniser le futur d'Alstom, Michel Sapin a déclaré : "Le président de la République nous a fixé un objectif : celui de faire en sorte qu'à Belfort les activités ferroviaires d'Alstom soient maintenues." 

L'Etat est actionnaire d'Alstom. Le problème est que la marge de manœuvre du gouvernement est mince. Preuve en est qu'il savait depuis des mois que le site de Belfort était menacé. En effet, l'Etat est actionnaire d'Alstom à 20% et possède donc un représentant au conseil d'administration. Malgré ce droit de regard et de vote, l'Etat n'a pu éviter l'annonce de la fermeture de Belfort, en manque de commandes après avoir raté un contrat de 44 locomotives pour la SNCF.

La seule option du gouvernement est donc de trouver d'autres commandes pour relancer l'activité. Mais mis à part les trains Intercités, l'Etat n'a pas la main sur les commandes de la SNCF. Or, l'entreprise ferroviaire publique est déjà endettée et n'engagera pas plus de commandes que ce qu'elle a déjà prévu. Les autres clients potentiels d'Alstom, ce sont les régions. Plusieurs d'entre elles ont entrepris de renouveler leurs TER, mais ces projets sont déjà intégrés dans le plan de charge d'Alstom et, de toute façon, ne concernent pas l'usine de Belfort qui ne fabrique que des locomotives. De manière générale, il n'y pas suffisamment de commandes de trains actuellement pour faire vivre tous les sites d'Alstom.

Malgré tout, Michel Sapin a tenu à rester positif à la sortie de la réunion convoquée à l'Elysée lundi matin. "Nous allons travailler, avec les élus, avec les organisations syndicales, avec la direction d'Alstom et avec l'ensemble de ceux qui, en capacité de passer un certain nombre de commandes en France, peuvent permettre d'assurer le plan de charge qui permettra de sauver les activités ferroviaires d'Alstom à Belfort", a affirmé le ministre de l'Economie.

Chercher des contrats à l'étranger. La seule piste envisageable finalement, ce sont les marchés internationaux. Mais Alstom doit gagner en compétitivité, ce que demande Manuel Valls quand il incite les dirigeants à "jouer pleinement leur rôle". Le contrat historique de 1,8 milliard d'euros décroché par Alstom le mois dernier aux Etats-Unis montre que l'entreprise a encore des atouts. Mais les trains seront fabriqués outre-Atlantique, une condition inhérente à de plus en plus de contrats industriels.

L'impuissance du gouvernement aujourd'hui contraste avec les promesses de sauvegarde de l'emploi et d'accompagnement stratégique faites successivement par Arnaud Montebourg puis Emmanuel Macron lors de leur passage au ministère de l'Economie. Invité sur Europe 1 ce lundi, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a critiqué l'action du gouvernement sur le dossier Alstom : "Si l'Etat ne peut rien faire, à quoi sert-il ? Il faut savoir taper du poing sur la table".