La zone euro flirte dangereusement avec la déflation

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La zone euro flirte dangereusement avec la déflation
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INFLATION & CO - Les prix augmentent de moins en moins vite dans la zone euro et, non, ce n'est pas bon signe.

Les publications statistiques se suivent et confirment la tendance : avec une inflation tombée à 0,3% au août, la zone euro se rapproche dangereusement de la déflation, c'est-à-dire quand les prix à la consommation baissent deux mois de suite. De prime abord, une baisse des prix est plutôt une bonne nouvelle pour les consommateurs. Sauf que la déflation a des conséquences bien plus graves, notamment pour l'activité, l'emploi et donc, in fine, notre porte-feuille.

Une inquiétude partagée par tous. Les grandes économies de la zone euro sont toutes concernées par le risque de déflation. Des tenants de la rigueur, aux partisans de la relance, la faible inflation risque de pénaliser la croissance de tous les pays de la zone euro et pourrait prolonger la crise. En France, Manuel Valls a prévenu que la rentrée allait "être difficile en matière de conjoncture économique". En Allemagne, le patron de la Bundesbank, connu pour ses positions orthodoxes sur le maintien de l’inflation, préconise une augmentation de 3% des salaires dans le pays. Un moyen de favoriser la consommation et l’activité économique. Les chefs de gouvernements se tournent donc vers la BCE, seule maitre de la politique monétaire en Europe.

Une BCE qui a du mal à tenir son mandat. La BCE doit se réunir la semaine prochaine. Face au risque de déflation, elle a déjà baissé de dix points de base son principal taux directeur, à 0,15%, en juin. Elle a également annoncé un paquet de mesures exceptionnelles destinées à encourager les banques à prêter davantage aux entreprises et ménages. Et si la mission principale de la BCE est de contenir l’inflation autour de 2%, de son propre aveu, une inflation scotchée à moins de 1% est dangereuse. Or, depuis plusieurs mois, le risque de déflation, c'est-à-dire une inflation négative, devient crédible.  

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Un scenario "à la japonaise". Pour le consommateur, la baisse des prix n’est pas forcément néfaste : le prix des biens courants, comme la baguette de pain, pourrait diminuer. Si cette mesure serait positive pour le pouvoir d’achat, elle aurait également pour effet de repousser les décisions d’achat des biens d’équipement comme les machines à laver, les télévisions ou les voitures. En effet, pourquoi acheter maintenant, alors que ce sera moins cher demain ? "A terme, cela peut impacter les entreprises qui, voyant leur chiffre d’affaires diminuer, pourraient licencier, et donc amener de la récession", explique à Europe 1 Sylvain Broyer économiste chez Natixis. Et ce scénario n’a rien d’original : "Cela fait 20 ans que le Japon n’arrive pas à sortir de la déflation et la conséquence est que les jeunes générations ont beaucoup moins d’avantages que les anciennes", prévient l’expert.

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Une tendance de fond. Et pour ceux qui doutent de la baisse de l’inflation, les prix parlent d’eux-mêmes. En juillet, c'est la baisse des prix de l'énergie qui a le plus joué sur le niveau de l'inflation: ils ont reculé de 2% après une baisse en juillet de 1% le mois précédent. Les prix dans le secteur de l'alimentation, des boissons alcoolisées et du tabac ont eux aussi reculé de 0,3% après un repli de 0,3 en juillet et de 0,2% en juin. Les prix des biens industriels hors énergie sont aussi en très légère hausse, à 0,3% (après 0% en juillet et -0,1% en juin). Seuls les services voient leurs prix nettement augmenter (+1,2%, après un mois de juillet à +1,3%), a indiqué Eurostat dans un communiqué.

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