La presse à un euro par mois : une fausse bonne idée ?

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Certains opérateurs de téléphonie mobile proposent à leurs abonnés d'accéder à toute la presse pour un euro par mois. Pour Anicet Mbida, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour la profession. 

L'AVIS DE

"Si ça ne coûte pas cher, c'est qu'il y a quelqu’un qui paye. Et là, c’est toute la presse qui va payer." Anicet Mbida, spécialiste nouvelles technologies chez Europe 1, s'est inquiété de voir les opérateurs de téléphonie mobile s'engouffrer dans la brèche ouverte par SFR, il y a un an. SFR a été le premier à proposer à ses abonnés une option leur permettant d'accéder à toute la presse pour un euro par mois.

"La presse est en train de prendre le même chemin que la musique." Dans l'émission Rien ne s'oppose à midi, lundi, Anicet Mbida a jugé l'idée certes "formidable" pour les abonnés, mais il y a un mais : "Il faut les payer, les journalistes qui font les journaux. Avec un euro par mois, on ne peut pas les payer." "La presse est en train de prendre le même chemin que la musique", quand le streaming, les titres à 99 centimes et les albums à 10 euros sont arrivés : "Maintenant, les artistes gagnent de l’argent avec des concerts ou des produits dérivés. Mais ça, ce n’est valable que pour les très gros artistes."

Mais surtout, pour les opérateurs, proposer des telles offres est un "beau tour de passe-passe fiscal" car cela "leur permet de payer beaucoup moins de TVA", prévient Anicet Mbida. En regardant sa facture, l'abonné verra que cette offre coûte 20 euros par mois mais qu'après différentes remises, elle descend à seulement 1 euro. Pourquoi ? Tout simplement parce que la presse est à 2,1% de TVA, contre 20% pour le reste de la facture. Par ce biais, les opérateurs arrivent donc à faire en sorte que "30% de la facture soit au prix de la TVA à 2,1%" et "économisent énormément d'argent".

"Bercy regarde ça de près." Chez "SFR, qui fait ça depuis un an, entre 300 et 400 millions d'euros" ont été économisés. Chez Bouygues, qui propose ce service "depuis quelques mois", environ "100 millions d'euros ont déjà été économisés". Résultat, "tout le monde s'engouffre dans la brèche", comme Orange, récemment. Aujourd'hui, une question se pose : est-ce que l'Etat va intervenir "pour que l'on ne puisse pas jouer comme cela avec les taux de TVA" ? En tout cas, "Bercy regarde ça de près", affirme Anicet Mbida.

Il se désole de voir que "c'est la presse qui coûte le moins cher à produire qui va profiter" de ce type d'offres mais conclut toutefois avec une note positive : "C'est vrai que c'est un nouveau canal de distribution pour la presse, qui en a bien besoin."