La Lettonie rejoint la zone euro, non sans réticence

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La Lettonie rejoint la zone euro, non sans réticence
@ EPA/VALDA KALNINA
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Il est le deuxième pays balte à adopter la monnaie unique. Et la transition ne satisfait pas l’ensemble de la population.

A Riga, le réveillon commencera avec des Lats et finira avec des euros. Le Premier ministre letton Valdis Dombrovskis et son homologue estonien Andrus Ansip, dont le pays a adopté l’euro en 2011, se retrouveront à la banque publique Citadele de Riga pour retirer d'un distributeur les premiers billets en euros. La Lettonie se réveillera donc en 2014 avec une nouvelle monnaie, et pour certains, c’est la crainte d’une grosse gueule de bois, à tort ?

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La peur de l’euro-inflation. L’arrivée des nouveaux billets et des nouvelles pièces ne soulève pas l’enthousiasme dans le pays. Seulement 25% des Lettons approuvent ce changement de monnaie, contre 50% qui s’y opposent, le quart restant ne se sentant pas particulièrement préoccupé par la question. Les derniers sondages confirment toutefois que les eurosceptiques sont en recul. Beaucoup craignent que les prix flambent avec la nouvelle monnaie. D’autant que le passage à l’euro risque de faire bizarre aux consommateurs : un euro ne vaut que 70 centimes de lats. Donc, visuellement, tous les prix vont augmenter au 1er janvier, même si les deux monnaies vont cohabiter pendant 15 jours.  En contrepartie, il sera plus compliqué pour les commerçants de tenter de rogner quelques centimes sur la conversion.

Convaincre la population, rassurer les marchés. L’entrée dans la monnaie unique est une bonne chose pour le pays, a fait savoir le gouvernement. Le Premier ministre a mené au cours des derniers mois une importante campagne d'information sur le passage à l'euro, afin de convaincre la population des bienfaits de cette décision. Il a également fait valoir que l'adhésion à l'euro aidera l'économie lettone en facilitant les échanges et en renforçant la confiance des investisseurs. Dans le pays, les banques proposent depuis des années de choisir entre le lat et l’euro lors de la demande de crédit. 80% des crédits sont libellés en euros, car les emprunteurs sont gagnants sur le taux de change et la monnaie européenne est gage de sécurité dans un pays qui a été frappé de plein fouet par la crise.

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La diaspora lettonne. Le petit pays balte d’à peine plus de deux millions d’habitants a une forte diaspora, tant dans les pays scandinaves qu’au Royaume-Uni. Nombre de ces Letton exilés travaillent également en Finlande ou en Irlande (entre 20.000 et 30.000 personnes), deux pays de la zone euro et ceux-ci accueillent le passage avec  joie, reconnaissant son côté pratique. La principale raison de ces migrations avaient été l’attrait pour des salaires plus élevés - le salaire moyen letton dépassant à peine 500 euros - et l’espoir de trouver un emploi.

Un pays ravagé par la crise, qui renaît de ses cendres. La Lettonie avait connu la plus grave récession du monde avec la crise des subprimes, son PIB chutant de 25% entre 2008 et 2009. Déjà soumis aux normes bancaires européennes, le pays n’a pas pu dévaluer sa monnaie et pour faire face à la crise, a dû faire une dévaluation interne : baisse des salaires, fonctionnaires au chômage etc. La crise de rigueur a payé et l’économie est repartie. Mais comme le souligne Martial You, chef du service économique d’Europe 1, "il y a toujours un risque à faire entrer un convalescent dans une famille de malades".