Grèce : un défaut de paiement, c'est grave ?

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Grèce : un défaut de paiement, c'est grave ?
@ PHILIPPE HUGUEN/AFP
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Athènes n'a pas réussi à honorer à temps sa dette envers le FMI, le plaçant ainsi en situation de faillite. Et alors ?

La Grèce n'a pas honoré sa dette envers le FMI dans les temps. Athènes devait rembourser au Fonds monétaire international un prêt de plus d'1,5 milliard d'euros au plus tard mardi à 23h59. Mais elle n'y est pas parvenue. La Grèce a bien demandé mardi soir au FMI d'activer une clause exceptionnelle lui permettant d'obtenir un report de son paiement, une demande que l’institution internationale a commencé à examiner mais rien n’indique qu’elle l’accepte : c’est deuxième fois qu’Athènes prend le FMI par surprise, ce qui n’est pas très diplomatique, et certains membres du FMI jugent que la Grèce a déjà bénéficié d’un régime de faveur inédit. Mais un défaut de paiement, c'est-ce vraiment si grave ?

Un pays en défaut de paiement, c'est grave ? Une entreprise qui fait défaut ferme carrément ses portes. Ses employés sont licenciés et les biens sont saisis. Le gouvernement grec va-t-il devoir se séparer de tous ses fonctionnaires, céder tout son patrimoine à ses créanciers et inviter les habitants à aller se faire soigner ailleurs ? Non, clairement.

Un pays en défaut de paiement dispose de nombreuses solutions politiques. Il peut, par exemple, être mis sous tutelle d'un autre pays ou d'une institution internationale le temps de rembourser ses dettes. Mais ce n'est pas arrivé à un grand pays depuis 1876 : l'Egypte avait alors été placée sous la tutelle de l'Angleterre et de la France.

La plupart du temps, le pays en défaut de paiement… ne paie plus ses dettes, et passe à autre chose. Il négocie ainsi l'effacement ou le report de tout ou partie de sa dette avec ses créanciers, le plus souvent avec l'aide d'institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale. Et pour ne pas faire fuir à tout jamais les investisseurs et ne pas se brouiller avec les nations des créanciers, le défaut de paiement est souvent suivi d'une violente crise d'austérité. C'est ce qui s'est passé, par exemple, en Argentine en 2001. En 2009, les économistes Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff recensaient dans un livre 71 défauts souverains entre 1975 et 2006.

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La Grèce a un avantage : ses créanciers sont publics. Pour Athènes, cela constitue surtout un symbole fort. Il s'agit d'une première dans la zone euro mais cela ne signifie pas non plus que le pays s'écroulera mercredi matin. Athènes ne tiendra certes pas seule. Le gouvernement grec estime qu'il a encore besoin de financement extérieur pendant deux ans, le temps de restructurer sa dette. Mais l'avantage de la Grèce, c'est que ses créanciers (le FMI, la BCE et les pays de la zone euro, Allemagne et France en tête) sont publics. Sur 243 milliards de dette athénienne, seuls 38 sont détenus par des investisseurs privés. Or, les créanciers publics ne sont pas censés viser la rentabilité et ne devraient donc pas quitter la table des négociations du jour au lendemain, même après un défaut de paiement. Ces derniers sont en revanche de moins en moins disposés à prêter encore de l’argent à Athènes, alors que cette dernière est censée leur rembourser 3,5 milliards d’euros le 20 juillet prochain.

Le référendum plus important que le défaut de paiement. Plus que l'échéance de mardi soir, c'est donc le référendum de dimanche qui est crucial. Les Grecs vont devoir se prononcer sur les réformes proposées par les créanciers. Jusqu'à présent, ces derniers ont refusé d'accorder un nouveau prêt si Athènes ne s'engage pas sur des mesures efficaces et immédiates : augmentation de la TVA, suppression des préretraites voire allongement du départ de l'âge légal de départ en retraite. Une austérité suicidaire, pour le gouvernement grec, qui a décidé de demander son avis au peuple. En attendant qu'un accord soit trouvé, la Banque centrale européenne devrait continuer à maintenir le système bancaire sous perfusion, du moins jusqu'au référendum de dimanche.

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© LOUISA-GOULIAMAKI/AFP


Et s'il n'y a jamais d'accord ? C'est si le "non" aux réformes l'emporte lors du référendum et que chaque camp reste sur ses propositions que la situation deviendra vraiment compliquée. Un "défaut de paiement" marié à une absence d'accord détournerait de la Grèce tous les investisseurs, publics ou privés. Les agences de notation ont d'ailleurs même commencé à dégrader la note du pays, déjà dans les bas fonds des classements sur les marchés.

Cela ouvrirait aussi la porte à une sortie de la zone euro : le "défaut de paiement" fait en effet parti des arguments officiels d'exclusion, dans les statuts officiels de la zone. Cela brouillerait la Grèce économiquement et politiquement avec tous ses partenaires. Et surtout, cela signifierait un retour à la drachme, un coût des importations qui s'envolerait, un chômage qui bondirait dans tous les secteurs dépendants des fonds étrangers et une baisse potentielle de 7,5% du PIB grec. Athènes ne pourrait même pas profiter de cette dévaluation indirecte de sa monnaie pour doper son économie puisqu’elle exporte très peu en comparaison des autres pays européens.

Quelles conséquences pour nous ?  Dans ces conditions, la Grèce se retrouverait encore moins capable qu'aujourd'hui de rembourser ses créanciers, dont la France, le deuxième d'entre eux derrière l'Allemagne. Athènes doit à la France près de 40 milliards d'euros. Pourtant, à en croire François Hollande, l'économie française, n'aurait rien à craindre d'un défaut grec. Elle "est robuste, bien plus robuste qu'il y a quatre ans et elle n'a rien à craindre de ce qui pourrait se produire".

Pour Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank, le risque financier d'un effacement est en effet "limité" pour une économie comme la France, qui survivra. Mais ce serait surtout le message envoyé aux marchés qui handicaperait toute la zone euro. "Cela signifierait qu'un Etat peut faire défaut. Les taux d'intérêt augmenteraient, pour la Grèce et pour tous les pays de la zone euro en difficulté, l'Italie par exemple. Certains fonds spéculatifs y verraient une opportunité d'augmenter leurs taux. C'est ça l'enjeu", assure l'économiste.

Le FMI, lui aussi, se verrait handicapé pour ses missions ultérieures. Pour prêter à un pays en difficulté, l'institution doit lever des fonds publics et privés auprès d'investisseurs du monde entier. Or, qui fera confiance au FMI s'il ne parvient pas à se faire rembourser par la Grèce ? Un risque de déstabilisation qui inquiète jusqu'à la Maison Blanche : Barack Obama a encore appelé lundi la Grèce et ses créanciers à se remettre autour de la table des négociations pour trouver un accord.