La French Fab pourra-t-elle sauver l’industrie française ?

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La French Fab pourra-t-elle sauver l’industrie française ?
Bruno Le Maire a présenté le coq bleu de la French Fab, à Bercy.@ ERIC PIERMONT / AFP
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Bruno Le Maire a inauguré la French Fab, un nouveau label destiné à soutenir l’industrie française à l’international. Mais derrière le vernis marketing, ce plan peut-il vraiment aider un secteur en perte de vitesse ?

Après la French Tech, la French Fab. Bruno Le Maire a lancé lundi en grande pompe un nouveau label, destiné cette fois à redynamiser l’industrie tricolore. Objectif : offrir une "vitrine de nos savoir-faire industriels, traditionnels comme de pointe" et donner un élan collectif à "l’industrie du futur à la française". Coordonné par Bpifrance, le label French Fab doit accélérer le développement de l’industrie de demain et mettre en lumière les compétences françaises pour convaincre les clients étrangers. Si l’atout marketing est incontestable, il faudra plus que cela pour résoudre tous les maux de notre industrie.

Duppliquer le succès de la French Tech. La French Fab s’inspire du succès de sa grande sœur, jusqu’à reprendre le symbole du coq, non plus rouge mais bleu. Il faut dire que la French Tech a rencontré un certain succès. Créé en 2013, ce label a permis aux entreprises françaises du numérique de s’allier au sein de pôles favorables au développement des start-up et de conquérir de nouveaux marchés. Alors qu’en 2015, la France n’était représentée que par une trentaine d’entreprises au CES, le salon électronique de Las Vegas, elles étaient au nombre de 275 en 2017, faisant de la France le troisième acteur du salon derrière les États-Unis et la Chine. Surtout, parmi ces entreprises, 233 étaient des start-up, preuve que le numérique français est dans une bonne dynamique.

"Dupliquer le concept de la French Tech, c’est plutôt une bonne idée", estime Thierry Weil, délégué général de La Fabrique, un think tank dédié à l’industrie qui réunit diverses parties prenantes de l'industrie (patrons, syndicats ouvriers, universitaires). "La French Tech a donné un coup de projecteur sur l’écosystème numérique français qui était déjà performant avant, sauf qu’on ne s’en rendait pas toujours compte. La French Fab, ce n’est pas idiot puisque l’industrie française pâtit d’un déficit d’image, en grande partie injustifié", explique ce spécialiste. Le nouveau label devrait donc mettre en lumière les compétences françaises en matière d’industrie, un secteur parfois jugé vieillissant.

L’industrie doit à nouveau susciter des vocations pour attirer les meilleurs élèves
Thierry Weil, délégué général de La Fabrique

Recréer un tissu industriel. Alors que la French Tech a pour vocation de faire naître des champions français du numérique, la French Fab se veut plus ouverte. En effet, n’importe quelle entreprise industrielle peut se revendiquer de ce label, y compris les sociétés étrangères qui ont des sites de production en France. Seule condition : adhérer à la charte de la French Fab, un ensemble d’engagements à viser la croissance, l'internationalisation, la numérisation et la transition énergétique ou encore à développer les compétences des salariés et "jouer collectif". Bercy espère ainsi "attirer de nouvelles entreprises étrangères en France".

L’autre enjeu est d’arriver à augmenter le nombre d’entreprises de taille intermédiaire (ETI). Ces entreprises, entre les PME et les grands groupes, sont légion en Allemagne mais assez rares en France. Or, ces entreprises sont celles qui ont les meilleures capacités à s’exporter à l’international. "On manque d’ETI, nos PME n’arrivent pas à devenir grandes", analyse Thierry Weil. Avec l’appui de Bpifrance, Bercy espère transformer 4.000 PME en ETI dans les quatre ans à venir. De quoi créer un réseau d’entreprises françaises capables de travailler les unes pour les autres et in fine de s’épauler à l’étranger.

Rendre l’industrie attractive auprès des jeunes. Par ailleurs, là où la French Tech se focalisait sur la création de start-up innovantes, la French Fab a pour but premier l’emploi. "Il faut montrer que l’industrie française n’est pas morte et surtout, qu’elle a de l’avenir", souligne-t-on à Bercy. "L’industrie souffre d’un déficit d’attractivité alors que dans la réalité, c’est un secteur dynamique", regrette Thierry Weil. "L’enjeu de la French Fab ça va être de le faire savoir et ce, dès l’école. Pour aller de l’avant, l’industrie doit à nouveau susciter des vocations pour attirer les meilleurs élèves."

La formation est d’ailleurs une priorité du gouvernement (15 milliards d’euros y seront dédiés dans le Grand plan d’investissement). Bercy souhaite que les emplois industriels de demain soient "des emplois qualifiés et des emplois qui paient". Une façon de remédier à "l'affaiblissement du tissu économique" pointé du doigt lundi par Philippe Varin, le président du Cercle de l'Industrie et président d'Areva. Devant le ministre de l’Économie, il a tenu à rappeler qu’en quinze ans, un million d'emplois industriels ont été perdus tandis que la part de l’industrie dans le PIB est tombée de 16,5% à 12,5%.

La France ne peut réussir que si elle vise le haut de gamme
Entourage de Bruno Le Maire

Monter en gamme. A terme, la French Fab doit donc servir de porte étendard de "l'industrie 4.0, l'industrie de l'innovation haut de gamme". Bercy insiste sur ce point : "la France ne peut réussir que si elle vise le haut de gamme". Un objectif dont il faut toutefois se méfier. "Plus que le haut de gamme à tout prix, l’industrie française doit monter en gamme", croit Thierry Weil. "Cela veut dire deux choses : d’un côté se placer effectivement sur les produits premium et de l’autre mieux produire les biens de milieu de gamme." Autrement dit, produire intelligemment et de manière réactive des produits courants peut se révéler aussi intéressant que de privilégier le haut de gamme.

L’État apporte son soutien. Reste qu’un simple label ne résoudra pas à lui seul les nombreux problèmes auxquels fait face l’industrie française. A commencer par la qualité : "si les produits français sont mauvais, le label ne sert à rien", prévient Thierry Weil. Surtout, comme l’a souligné Philippe Varin, la compétitivité sur les coûts s'est "fortement dégradée" et la fiscalité reste "très lourde" pour l'industrie française comparée à l'Allemagne.

Bruno Le Maire est bien conscient des défis auxquels fait face l’industrie française et il a pris les devants lors de la présentation de la French Fab. Outre la formation, le ministre de l’Économie a assuré les industriels du soutien de l’État, en matière de fiscalité, de coût du travail, d’innovation. Il a d’ores et déjà annoncé qu'il ouvrait une réflexion sur une extension des baisses de charges aux salariés plus qualifiés, une piste qui répond aux attentes du secteur. En effet, ces dernières années, la réflexion sur les allègements de charges s’est surtout faite pour les personnes employées au Smic. Or, "le secteur industriel emploie peu au Smic car les emplois sont assez qualifiés", explique Thierry Weil.

Conjoncture favorable. Les efforts de l’État, enjolivés par le marketing de la French Fab, permettront-ils de relancer une industrie française quelque peu dépassée par la concurrence ? On ne le saura pas avant plusieurs années (la French Tech commence à payer au bout de quatre ans). Le premier rendez-vous de la French Fab est fixé, ce sera la foire d’Hanovre, grand messe de l’industrie mondiale, en avril 2018. Une chose est sûre, la conjoncture est favorable : de janvier à août 2017, 87 sites industriels ont ouvert en France et 61 ont fermé, soit un solde positif de 26 nouvelles usines, selon le cabinet Trendeo. L’industrie française n’avait pas connu tel dynamisme depuis 2009.