La fin du raffinage à Dunkerque

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La fin du raffinage à Dunkerque
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Total a confirmé l'arrêt de la raffinerie, les salariés envisagent un nouvel appel à la grève.

Le sort de la raffinerie des Flandres, à Dunkerque, semble scellé. Après plusieurs semaines de tensions, en marge d'un Comité central d'entreprise extraordinaire, Total a confirmé lundi l’arrêt sur ce site de l’activité de raffinage "après un démontage progressif qui pourrait durer jusqu'en 2013".Après avoir rappelé que la raffinerie a perdu de l'argent en 2009, Total conclut : "Faute de perspectives solides, un redémarrage des opérations de raffinage sur ce site n'est plus envisageable".

Environ 300 salariés, dont une majorité de la raffinerie de Dunkerque, se sont réunis lundi midi au pied de la tour Total à La Défense en bleus de travail, casques ou bonnets vissés sur la tête. Les manifestants ont fait retentir cornes de brume et fanfare au pied de la tour de verre pour protester contre l'annonce de fermeture.

La colère des salariés

Dans l'après-midi, les salariés ont perdu patience. Ils ont lancé une opération coups de poing :

Ils ont voulu entrer dans le hall et se sont fait refouler par les gaz lacrymogènes des gendarmes. Quelques vitres ont été brisées. "Très en colère", Vincent Wiesbecker, employé sur le site de Dunkerque, explique que Total "se fout de notre gueule depuis six mois, jusqu'ici on a rien cassé, on respecte notre entreprise, mais vu comme on nous traite, on va changer de ton". "Ce qu'on veut c'est un vrai projet industriel pérenne, comme l'a garanti le ministre (de l'Industrie Christian) Estrosi", ajoute-t-il.

"Les annonces de Total, c'est zéro" : Thierry Dufresne résume lundi le sentiment des centaines de salariés de Dunkerque et d'autres raffineries, venus manifester devant les tours de Total de La Défense, dans les Hauts-de-Seine. L'amertume a envahi les salariés partis en cars de Dunkerque au petit matin, ainsi que leurs collègues venus d'autres sites.

Menaces de saisir la justice

"Nous espérons toujours quelque chose de concret, même si en même temps on attend plus grand chose des dirigeants", déclarait Vincent Weisbecker, un peu plus tôt. "En tous les cas, on ne veut ni école de formation, ni centre d'assistance technique, ni terminal méthanier, on veut un projet industriel pérenne c'est tout", a-t-il ajouté, affirmant que "les collègues des autres raffineries sont prêts à nous suivre dans une nouvelle grève si on obtient pas satisfaction".

La CGT, syndicat majoritaire du groupe pétrolier français Total, a menacé de saisir la justice pour entrave à l'information. "Nous allons demander au secrétaire du CCE d'agir en justice pour obtenir de celle-ci qu'elle ordonne la continuation de l'activité de la raffinerie", mais aussi "pour entrave à l'information", a déclaré le coordinateur CGT du groupe, Charles Foulard, ajoutant que "Total a créé les conditions pour nous mettre devant les faits accomplis".

Les propositions de remplacement

Pour tenter de désamorcer la crise sociale, la direction du groupe pétrolier a promis de maintenir l’emploi pour ses 370 salariés en proposant des reclassements. Le projet de construction d'un terminal méthanier par EDF constitue une autre promesse pour le bassin d'emploi de Dunkerque. Total a déjà prévu de monter à hauteur de 10% dans le capital de ce projet.

Total a annoncé la création d'un dépôt, d'un centre de formation, d'un centre technique et devrait proposer des reclassements. Le dépôt logistique emploierait 15 personnes, les centres de formation et d'assistance technique au raffinage environ 225. Les salariés se verront aussi proposer 80 postes dans d'autres raffineries, 30 postes dans d'autres structures de Total en France et 20 salariés pourront bénéficier de "fins de carrières anticipées", a indiqué un porte-parole du groupe pétrolier.

"Total ne licencie personne", a affirmé le directeur du raffinage Michel Bénézit, en précisant que vis-à-vis des 400 à 450 salariés des sous-traitants de la raffinerie, "l'obligation légale de Total est nulle". Le groupe doit participer à une table-ronde locale mercredi sur les perspectives économiques du bassin d'emplois et s'est engagé à mobiliser ses moyens.

"Une base de départ", mais vers une grève ?

Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a estimé lundi que le projet de reconversion industrielle de Total pour sa raffinerie de Dunkerque était "une base de départ pour le maintien de l'emploi". Il a demandé rapidement des propositions pour les sous-traitants.

Les employés de la raffinerie ont décidé de reconduire leur mouvement de grève, entamé le 123 janvier, et menacent de lancer un blocage de toutes les raffineries françaises. Une intersyndicale Sud-CGT-FO doit entériner jeudi un appel à la grève aux cinq autres raffineries de Total.

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