Allocations chômage : la dégressivité "va toucher ceux qui sont en situation de faiblesse sociale"

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Le journaliste Bruno Roger-Petit estime que la dégressivité de l'indemnisation des chômeurs, prônée notamment par Alain Juppé, est une mauvaise idée.

Mettre en place des allocations chômage dégressives pour inciter les chômeurs à reprendre un emploi "va toucher ceux qui sont en situation de faiblesse sociale", selon Bruno Roger-Petit. Cette mesure a été plébiscitée mardi sur Europe 1 par Alain Juppé, dans ce qui pourrait être son programme économique dans la course à la présidentielle.

La dégressivité ralentirait le retour à l'emploi. L’éditorialiste de Challenges a estimé mercredi sur dans le Grand direct de l'actu, sur Europe 1, que cette mesure n’était pas adaptée à l’objectif poursuivi. Il a cité une étude de l’Insee parue en 2001, qui étudie les effets de la dégressivité des allocations chômage de 1992 à 1996, période pendant laquelle elle a été mise en place en France. Cette étude conclut "qu'il existe une influence du profil de l'indemnisation du chômage sur le taux de sortie vers l'emploi". Mais elle note que "l’introduction de l’AUD [allocation unique dégressive] a écrêté le profil temporel des taux de reprise d’emploi" et que la brutale diminution de l’allocation chômage à la fin de la période d’indemnisation favorise plus le retour à l’emploi que leur baisse progressive.

Bruno Roger-Petit décrypte ces résultats : "la dégressivité n'a rien à voir avec le fait que les gens restent au chômage. Dans un système dégressif, les chômeurs profitent au maximum, en période de croissance, du taux plein. Dans le système actuel, il y a le taux plein pendant deux ans, puis on bascule sur l’allocation spécifique de solidarité, quinze euros par jour". Avant d’ajouter, agacé : "il faut vraiment avoir envie de rester au chômage à quinze euros par jour !".

Les CDD les plus touchés. Selon lui, "44% des chômeurs d’aujourd’hui se retrouvent au chômage suite à un contrat à durée déterminée. Ca veut dire que ces gens-là, ils n’ont ni 36 mois, ils n’ont ni 23 mois, ils ont six mois, sept mois, huit mois, pas plus". Comme la durée d’indemnisation des chômeurs est calculée sur le temps travaillé, ce sont les chômeurs les moins qualifiés et les plus précaires qui seraient touchés.