La crise agricole résumée en trois questions

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La crise agricole résumée en trois questions
@ DENIS CHARLET / AFP
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RÉCAP - Depuis deux ans, les agriculteurs se mobilisent et les tables rondes se multiplient, sans succès. Retour sur une crise profonde et multifacette.

L’édition 2016 du Salon de l’Agriculture ne sera une ballade de santé ni pour François Hollande ni pour une bonne partie de la classe politique. En effet, les agriculteurs sont sur les nerfs et multiplient les opérations coup de poing pour se faire entendre et sortir de la crise. Mercredi, ils ont encore bloqué plusieurs axes routiers, des locaux de la grande distribution ou encore un bâtiment de la Mutualité sociale agricole. Pour y voir plus clair, Europe 1 fait le point sur ce dossier qui dure depuis près de deux ans.

Pourquoi le secteur agricole est-il à la peine ? Les origines de la crise sont multiples. Au niveau international, deux évènements ont changé la donne : il y a d’abord eu la décision de la Russie de mettre en place à l’été 2014 un embargo sur tous les produits agricoles et alimentaires originaires d’Europe, ce qui a privé la filière française d’un important débouché. Les producteurs de lait et de fruits ont été les premiers touchés. Puis a été décidé en avril 2015 la fin des quotas laitiers dans l’Union européenne, avec une conséquence prévisible mais mal anticipée : les principaux producteurs – l’Allemagne, les Pays-Bas et la France – ont augmenté sensiblement leur production au moment même où la demande mondiale ralentissait. Résultat, les cours ont chuté.

Ces deux épisodes ont un peu plus déstabilisé une filière agricole déjà fragile, car si les coopératives françaises sont devenues des poids lourds, la plupart des agriculteurs qui les fournissent ont, eux, des moyens financiers trop limités pour pouvoir s’adapter ou tenir bon en attendant une embellie. Pour ne rien arranger, la consommation de viande des Français recule depuis plusieurs années et la faible inflation a provoqué une guerre des prix entre grande distribution et secteur agroalimentaire qui met, in fine, les agriculteurs un peu plus sous pression. Comme si cela ne suffisait pas, la grippe aviaire a fait son retour dans le Sud-Ouest. Résultat, près d’un éleveur sur dix est au bord du dépôt de bilan.

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Que demandent les agriculteurs ? Leurs revendications sont aussi nombreuses que les difficultés qu’ils rencontrent. Il y a d’abord la demande d’une meilleure régulation au niveau européen pour mettre fin au dumping social pratiqué par certains pays. Les éleveurs de porc ont de leur côté obtenu que leur production soit achetée à de meilleures tarifs. Mais cette hausse artificielle des cours n’a pas tenu plus de deux mois.

Un message est en revanche porté par toute la profession : il faut revoir à la baisse les charges sociales et les normes – notamment environnementales – afin de rendre la production française plus compétitive. Cette revendication a été en partie entendue puisque le CICE et le pacte de responsabilité va permettre aux agriculteurs d’économiser plus de 4 milliards d’euros en 2016. Mais cette baisse des charges ne résout pas tout : la production française sera toujours plus chère que celles des puissances émergentes, comme l'a montré la déroute de la filière poulet et la chute de l’empire Doux. Reprendre la course à la productivité entamée après 1945 a donc ses limites.

C’est pourquoi une partie du monde agricole propose une autre sortie de crise, qui passe par une montée en gamme et une meilleure valorisation de la production française. D’abord en permettant aux consommateurs d’être mieux informés sur ce qu’ils consomment, en rendant obligatoire l’étiquetage de l’origine de la viande. C’est chose faite pour la viande vendue crue. C’est en revanche plus compliqué pour les plats préparés : malgré le scandale de la viande de cheval vendue comme du bœuf, le secteur agroalimentaire refuse de jouer le jeu et estime que cet étiquetage est trop compliqué et coûteux.

La montée en gamme de la production française est un autre défi mais aussi une opportunité : la demande de produits de meilleure qualité augmente mais n’est pas forcément satisfaite. Ainsi, la France n’est pas autosuffisante en termes d’agriculture biologique et importe environ 25% de sa consommation. L’industrie agroalimentaire commence néanmoins à bouger. Ainsi, le groupe Fleury Michon a conclu fin 2015 un accord avec Avril pour s’approvisionner en porcs élevés sans antibiotiques ni OGM. De même, les produits Label Rouge sont de plus ne plus présents dans les rayons.

Quelles sont les réponses apportées aux agriculteurs ? Le gouvernement joue sur plusieurs tableaux, avec à la fois des mesures d’urgence et des négociations pour préparer le futur. Mais il n’a pas encore convaincu, comme l’a montré la nouvelle mobilisation des agriculteurs depuis début février.  

Pour gérer l’urgence, le gouvernement a d’abord proposé une aide financière en permettant aux agriculteurs ayant emprunté de repousser d’un an leurs remboursements. Cette mesure permet de gagner du temps mais ne règle en rien les problèmes structurels de la filière. L’aide européenne au stockage dont bénéficient actuellement les producteurs de lait, pour réduire l’offre et éviter une nouvelle baisse des cours, est du même acabit.

La montée en gamme de l’agriculture française, sur le modèle de la filière viticole, prendra plus de temps et le gouvernement dispose de leviers limités puisque c’est avant tout le secteur agroalimentaire et le consommateur qui ont la main sur ce dossier. C’est pourquoi l’Etat milite pour améliorer l’information du consommateur et change de paradigme là où il a la main : les collectivités locales sont notamment invitées à s’approvisionner davantage en produits locaux, de saisons et issus de la filière bio.

Les deux derniers chantiers sont en revanche plus ardus. Il y a d’abord la répartition de la valeur ajoutée : les agriculteurs, pourtant en début de chaîne, estiment qu’ils gagnent bien moins d’argent que les autres acteurs de la filière. Plusieurs tables rondes avec les intermédiaires, les industriels et la grande distribution ont bien été organisées mais elles ont rapidement viré au dialogue de sourds. Et l’Etat ne peut pas imposer ses vues à tout le secteur. L’autre chantier est encore plus  compliqué : réinstaurer un minimum de régulation au niveau européen pour mettre fin aux distorsions de concurrence. Les discussions ont déjà débuté mais elles prendront du temps et leur issue est incertaine.