Jean Tirole : "Au plan économique, nous sommes tous des autruches"

  • A
  • A
Partagez sur :

Le prix Nobel d'économie a décrypté toute l'actualité économique., dimanche lors du Grand Rendez-vous.

INTERVIEW

"La France va mieux" a déclaré récemment le chef de l'Etat concernant la situation économique de la France. Un message désormais repris en boucle par la gauche, et vivement contestée par l'opposition. Jean Tirole, prix Nobel d'économie 2014 livre son analyse de la conjoncture économique actuelle à Jean-Pierre Elkabbach d'Europe 1, Arnaud Leparmentier du Monde et Michael Darmon d'iTélé.

"Une flexibilisation va créer des CDD". "Nous sommes tous des autruches : nous ne voulons pas voir ce qui en train de se passer au plan économique et climatique. Il faut comprendre ces problèmes", analyse l'économiste. "Les Français ne veulent pas voir le fait que nos institutions provoquent le chômage, des problèmes de finances publiques". Pour lui, "une flexibilisation va entraîner quelques licenciements, mais aussi créer des CDD".

"L'économie de marché doit être régulée". "L'économie fait peur aux Français en raison d'un passé interventionniste. Désormais, le monde est celui de l'économie. Nous avons besoin des marchés et du politique, qui prend soin du bien commun. Nous avons besoin de finance, elle permet de prendre soin des entreprises et de l'Etat. Seulement, parfois, la finance est dévoyée. L'économie de marché doit être régulée, c'est vraiment important que l'Etat joue son rôle. La crise de 2008 est la conséquence d'une dérégulation".

Chômage. Le chômage ne serait pas une fatalité pour l'économiste : " C'est un choix de société dans la mesure où l'on choisit des institutions qui créent du chômage". "D'autant que l'on dépense beaucoup pour lutter contre le chômage", précise Jean Tirole. Pour l'économiste, il faut qu'une conscience économique naisse chez les Français. En cause, le culte de l'emploi à vie : "les CDD et CDI sont de mauvais emplois. Ce n'est pas flexible pour les entreprises. Les emplois changent, et l'emploi à vie est terminé" avance Jean Tirole. Et de critiquer le partage du travail : "Tous les économistes vous diront que le partage du travail est une ineptie" affirme l'économiste.