"Insincérité" des comptes publics : "Tout cela est argumenté, prouvé", assure Migaud

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Le président de la Cour des comptes dénonce des "biais de construction" utilisés par la précédente majorité pour faire virtuellement rentrer les finances publiques dans les clous.

INTERVIEW

Les constats effectués par la Cour des comptes pointent "l'insincérité" des comptes laissés par la précédente majorité en matière de finances publiques. Un terme qui a fait bondir Michel Sapin, ancien ministre des Finances et son ex-secrétaire d'Etat au Budget, Christian Eckert, les deux affirmant dans un communiqué que "durant le quinquennat de François Hollande, le gouvernement a fait preuve d'un sérieux budgétaire sans précédent". Invité de la matinale d'Europe 1 vendredi, Didier Migaud, président de la Cour des comptes, a tenu à défendre la validité de ses conclusions : "Tout cela est argumenté, prouvé", assure-t-il. "On est là ni pour plaire ni pour déplaire, on est là pour dire un certain nombre de choses. Nous sommes indépendants des pouvoirs exécutifs et législatifs. Nous essayons de présenter un travail le plus objectif possible".

"Des biais de construction". "Comment vous appelez des sous-budgétisations récurrentes, prouvées, dont manifestement les ministres ont pu avoir connaissance à un moment donné ? Comment vous appelez un décalage entre 2,7, 2,8 et 3,2% [du déficit budgétaire, ndlr] ? Ce sont des biais de construction qui affectent la sincérité. Nous ne disons pas qu'il y a une insincérité globale", a martelé le responsable. "Qu'il puisse y avoir sur les recettes un certain nombre de décalages… c'est toujours très difficile [à estimer, ndlr], c'est la conjoncture. Sur la dépense, on a des éléments qui permettent d'approcher de plus près la réalité. Ce n'est pas ce qui a été fait", souligne-t-il. "Pour arriver à 3% du déficit [seuil fixé par Bruxelles, ndlr] , il faut 4,5 milliards supplémentaire d'économies", précise Didier Migaud.

Un niveau trop élevé de dépense publique. Un objectif complexe à atteindre dans un pays où la dépense publique est l'une des plus importantes d'Europe. "Ce que nous constatons, c'est qu'il y a une réduction continue du déficit, mais lente, et plus lente que dans d'autres pays. Ce qui fait que nous risquons d'être en 2018, avec l'Espagne, le seul pays au-dessus des 3% du déficit", avertit le président de la Cour des comptes. "Nous avons un niveau élevé de la dépense publique, et des résultats qui ne sont pas en rapport avec cette dépense. […] Nous n'en n'avons pas pour notre argent", déplore-t-il.

Alors que le président de la République s'est engagé à atteindre un déficit de 1,6% du PIB en 2019, Didier Migaud estime que cet objectif "n'est pas sérieux" : "Ce n'est pas atteignable en l'état des informations qui sont à notre connaissance".

Des lycées trop chers ? Et parmi les postes où des économies pourraient être faites, le gouvernement s'étant engagé à ne pas augmenter les impôts, le président de la Cour des comptes cible notamment l'Education, et plus précisément le coût des lycées. "Il faut se poser la question : pourquoi avons-nous un lycée qui coûte beaucoup plus cher que la moyenne des pays de l'OCDE ? Il y a des redéploiements possibles. C'est dû à une multiplicité d'options, à un nombre d'établissements plus grand, à une durée d'heures de travail plus importante des élèves. C'est un certain nombre d'éléments qui expliquent ceci", détaille-t-il.