Grève à la SNCF : pourquoi les cheminots s'inquiètent pour leur statut

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Grève à la SNCF : pourquoi les cheminots s'inquiètent pour leur statut
@ LOIC VENANCE / AFP
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ZOOM - Les grévistes se mobilisent pour que la future convention collective du ferroviaire s’inspire de ce qui se fait à la SNCF.

Un TGV et un Transilien sur deux, quatre TER sur dix et un Intercité sur trois : le trafic SNCF était fortement perturbé mardi par la grève des cheminots. C’est même la troisième journée de grève depuis le début de l’année, preuve que les employés de la SNCF sont mobilisés. Il faut dire que l’enjeu est de taille puisqu'une double négociation est en cours pour définir le futur statut des cheminots : dans les entreprises privées qui vont bientôt arriver en France, mais aussi au sein de la SNCF.

Le secteur va bientôt changer de paradigme. Longtemps repoussé, le dossier de l’ouverture à la concurrence dans les transports ferroviaire s’est accéléré ces derniers mois. Les Européens se sont mis d’accord pour libéraliser les lignes TGV à partir de 2020 et les lignes régionales au plus tard en 2023. A partir de ces dates, la SNCF pourrait donc faire face à des compagnies concurrentes, à l’image de l’Allemand Deutsche Bahn ou de l’Italien Trenitalia.

Reste à savoir quel sera le statut des employés français de ces nouveaux venus. Il existe bien un statut des cheminots, mais il a été élaboré au moment où la SNCF avait le monopole des liaisons ferroviaires : ses futurs concurrents le jugent trop généreux, très rigide et refusent d’en faire la référence pour l’ensemble des cheminots. Des négociations sont donc en cours pour définir une convention collective pour tout le secteur. Pour ne rien arranger, la SNCF en a profité pour ouvrir en interne des négociations sur l’organisation du travail. Les grévistes sont donc mobilisés sur deux fronts.

Quel statut pour les futurs cheminots du privé ? Pour lancer les négociations sur le futur statut des cheminots, du public mais surtout du privé, le gouvernement a mis sur la table une première mouture qui est un compromis entre les règles en vigueur dans le fret privé et celles de la SNCF. Temps de travail, rémunération minimale, compensations liées au travail de nuit et à la mobilité, retraite, etc. : tous les aspects de la vie d’un cheminot y sont évoqués.

Mais les négociateurs n’ont évidemment pas le même point de vue. Du côté de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), qui regroupe la SNCF et les acteurs privés, on veut que le texte s’inspire surtout de ce qui se fait dans le privé. Sans connaître les détails, la direction que les acteurs du privé souhaitent prendre est connue : moins de RTT et de repos compensateurs qu'à la SNCF, une retraite plus tardive et moins d’avantages pour l’employé et ses proches (billets gratuits, logement subventionné, etc.). En face, les syndicats redoutent un dumping social et souhaitent que la future convention collective ressemble le plus possible aux règles en vigueur dans l’entreprise publique. D’autant que de nombreux cheminots pourraient poursuivre leur carrière dans le privé à partir de 2020.

La SNCF en profite pour revoir ses propres règles. Réformer la SNCF n’est pas chose aisée, la direction a donc profité de cette fenêtre de tir. Le président du groupe, Guillaume Pepy, souhaite en plus renégocier "la façon de faire les 35 heures" et "remettre à plat l'organisation du travail". Il n’est pas question de revenir sur la durée hebdomadaire de travail, mais de faire en sorte que ces 35 heures soient travaillées autrement, en fonction des besoins. Car la gestion du temps de travail au sein de la SNCF fait l’objet d’un texte d’une cinquantaine de pages que la direction juge trop détaillé et pas assez flexible : le RH0077. Résultat, la Cour des comptes affirmait en 2010 que les durées réelles de travail du personnel roulant étaient très inférieures aux durées théoriques.

La direction souhaite donc revoir cette organisation du temps de travail afin de "faire baisser les coûts" au moment où sa santé financière se détériore. D’autant que la SNCF le sait, l’arrivée de la concurrence risque de lui faire perdre des parts de marché, sans l'oublier l'essor du transports en bus et du covoiturage. En face, les syndicats de cheminots sont prêts à des changements, à condition que les reculs concédés soient compensés par des contreparties. Ainsi, la CGT "espère améliorer les conditions de vie et de travail des cheminots", a expliqué à l'AFP Josselyn Portalier (CGT) en citant l'exemple du travail de nuit. Les négociateurs ont jusqu’à la fin du mois de juin pour s’entendre.


Ces possibles changements que redoutent les cheminots

- Nuit à l'extérieur. Aujourd'hui, un agent de la SNCF ne peut pas passer plus d'une nuit en dehors de son domicile. Les entreprises privées souhaitent que leurs futurs cheminots puissent passer au maximum deux, voire trois, nuits à l'extérieur.

- Repos entre deux journées. Aujourd'hui, un agent de la SNCF doit avoir au moins 14 heures entre la fin de sa journée et son retour au travail le lendemain. Dans la future convention collective, ce délai pourrait passer à 13 heures.

- Transport jusqu'au lieu de travail. Aujourd'hui, lorsqu'un agent de la SNCF est en route pour aller au travail, ce temps de transports en décompté comme un temps de travail dès que cette distance dépasse les 3 km. Dans la future convention, ce n'est qu'à partir de 50 km de trajet que le temps de transports serait considéré comme du temps de travail.